Alors que l’économie mute vers un hypercapitalisme technologique, que le dérèglement climatique s’accélère, que les inégalités se creusent, que la géopolitique est en tension, nous persistons à agir dans le cadre suranné des siècles passés. D’un modèle de développement centralisé et massifié, nous dérivons vers un modèle hors-sol dont le référentiel tient davantage aux lois d’une centralité technocratique que du bien commun. Les métropoles saturent et les territoires s’appauvrissent. L’idée du ruissellement a montré ses limites : les crises naissent d’une profonde asymétrie technologique, économique et politique.
À moins de dix mois des Présidentielles, nous pouvions espérer que les candidats intègrent cette fin de cycle, qu’ils fassent bouger le modèle et qu’ils ouvrent le débat vers un nouveau récit pour la France. Ce n’est pas en traitant séparément de la dette, de l’immigration, des retraites ou de la fiscalité qu’une vision politique émerge ; une liste d’enjeux, aussi critiques soient-ils, ne permet pas d’élaborer un projet politique. Or, c’est bien le sens de la politique que de proposer une vision holistique et d’entrainer une nation vers une espérance de prospérité et de vie meilleure …
La campagne qui s’amorce a un siècle de retard, coincée entre des idéologies éculées et des réglages paramétriques qui tentent péniblement de faire durer un modèle politique à bout de souffle. Dans mon dernier ouvrage, « Le retour des provinces », je pose le cadre d’une nouvelle ère de prospérité en réhabilitant l’idée d’enracinement.
Le 1er axe consiste à repenser nos échelles de vie et de projet pour redonner un sens aux verbes habiter et prospérer. Les grandes problématiques contemporaines, qu’elles soient économiques, sociales ou écologiques, réintroduisent des besoins de proximité et de subsidiarité. Nos racines historique, culturelle et géographique, témoignent d’un récit national qui reste notre référentiel. Elles forment l’armature à partir de laquelle une nouvelle modernité émergera, en confiance, au plus près des enjeux et de nos capacités d’adaptation.
Le 2ème axe vise à réarmer notre base géographique en distribuant plus équitablement les leviers de développement, en particulier le capital et l’innovation. Dans une société centralisée, chaque innovation renforce les inégalités, alors que dans une construction décentralisée les mêmes leviers viennent polliniser les atouts de chaque territoire. C’est ainsi que l’on transforme l’innovation en progrès. C’est aujourd’hui une priorité si nous voulons éviter qu’un hypercapitalisme dominant qui prive nos économies réelles des opportunités de développement. C’est la condition pour aller vers une prospérité partagée.
Le 3ème axe permet d’aborder le temps long. Or, notre organisation politique porte en germe un court-termisme et une inflation dépensière qui épuisent la France à feu lent. La méthode va au-delà de la réduction des dépenses, elle procède d’une nouvelle architecture politique et budgétaire qui réduit l’exposition politique aux aléas des promesses démagogiques, de l’actualité et des effets multiplicateurs des algorithmes. Il est urgent de libérer la politique de l’emprise des partis et d’une technocratie sans âme, de détendre l’organisation budgétaire sur des cycles de trois ans et de dépayser des dépenses au plus près des centres de décision. Il n’y aura pas de réformes possibles sans réformer d’abord notre organisation.
C’est l’idée d’un changement de modèle au sein duquel chaque Français, chaque village, chaque entreprise, participent d’une prospérité partagée. C’est le principe d’un bon usage de l’innovation comme un moyen pour réactiver l’héritage culturel qui façonne les atouts de la France. C’est un acte de confiance et une perspective d’espérance.
C’est l’appel des provinces.
(www.lappeldesprovinces.fr)
Le JDD, 31 août 2026
Jean-Christophe Fromantin est Maire de Neuilly-sur-Seine, vice-président du Département des Hauts-de-Seine, ancien Député. Il est économiste, docteur en sciences-de-gestion.