Installation du nouveau Conseil municipal

J’entame un nouveau mandat comme « Maire de Neuilly-sur-Seine » avec une grande fierté et détermination. L’élection dès le 1er tour, un score supérieur à 60% (pour la 3ème fois consécutive) et les voix de conseillers municipaux d’opposition pour le vote du Maire sont de belles marques de confiance et de rassemblement auxquelles je suis très sensible. Depuis 12 ans, libre de toute formation politique, fort d’une équipe soudée et motivée, nous avons mis en place de nombreux projets dans Neuilly, tout en maintenant une gestion saine, qui a amené notre ville en tête de classement des « villes les mieux gérées de France ».

Les années passent et la confiance se cristallise autour des acteurs locaux et des maires en particulier. La crise des Gilets-jaunes et celle que nous vivons (même si elles ne sont pas comparables) montrent à quel point les réponses aux attentes des Français procèdent d’abord du dialogue et de l’action locale. Nos collectivités sont celles avec lesquelles nos projets de vie peuvent s’imaginer et se construire. Elles souffrent en revanche d’un excès de jacobinisme et d’un Etat de plus en plus défaillant sur ces missions essentielles. Nos villes et nos villages sont le socle de confiance sur lequel un renouveau politique s’opérera. J’en suis convaincu.

« Le monde d’après » ne se décrète pas, les Français l’ont déjà choisi. A nous d’en faire un projet de société …

La crise actuelle augure-t-elle le monde d’après ? J’en doute. Un paradigme ne se décrète pas. Il évolue à l’aune des aspirations, des valeurs et des interactions sociales. Autour d’un sujet central : celui de nos projets de vie. Avec nos envies, nos goûts, nos valeurs ou nos rêves. C’est LE sujet politique. Il a été oublié. Or, il est celui par lequel s’exerce la première liberté : celle de vivre là où nous voulons vivre. Et de bénéficier équitablement des services publics dont nous avons besoin. Loin des métropoles – malgré leurs promesses de smartitude, de résilience ou d’inclusion – dont des « experts » persistent à croire qu’elles seraient l’avenir de l’humanité. La crise actuelle comme celle des Gilets-jaunes, ne bouleverse pas le sens des attentes. Elle confirme leur acuité, voire leur urgence. Le monde de demain ne sera pas métropolitain.

 

Écoutons les Français plutôt que les spécialistes. Quand on les interroge sur le mode de vie auquel ils aspirent, 41% préfèrent vivre dans un village, 43% dans une ville moyenne et seulement 13% dans une métropole[1]. Depuis 5 ans, le solde migratoire de la région Ile de France est négatif[2]. Dans toutes les études sur « les villes préférées des Français », les petites unités urbaines arrivent en tête de classement. Dès 2019, dans son baromètre des territoires, l’Institut Montaigne rappelait l’enjeu : « redonner le pouvoir de choisir leur parcours de vie aux Français qui l’ont perdu, afin que chacun puisse réaliser son projet de vie sur le territoire qu’il souhaite »[3]. Seuls 19% des Français vivent là où ils ont envie de vivre. 2/3 des citadins voient dans les espaces ruraux des territoires d’avenir[4]. Récemment, dans son analyse sur la crise des Gilets-jaunes, le Conseil d’analyse économique soulignait les limites d’un modèle métropolitain rappelant « les effets négatifs de la concentration et l’émergence d’une géographie du mécontentement »[5].

 

Toutes ces références – on peut les multiplier – corroborent un triple phénomène : l’obsolescence du modèle métropolitain dont les dérives percutent le progrès ; une réconciliation avec la nature, et le bien-être comme déterminant ; l’arrivée de nouvelles technologies qui changent en profondeur notre relation avec la géographie.

 

La métropolisation participe d’un aplatissement du monde. Elle engendre une économie standardisée qui stimule les externalités négatives : une hypertrophie financière qui fait glisser l’économie dans un cycle dont la croissance devient la raison d’être ; un appauvrissement des cultures qui dépossède l’économie de ses avantages comparatifs ; la disqualification de nombreux savoir-faire qui privent les populations d’un accès à l’emploi. L’économie est indissociable de ce qu’elle permet à chacun de vivre dignement. Or, la métropolisation ignore la diversité des talents.

Sur le plan social, le fait métropolitain porte en germe l’isolement. Partout, le constat est le même. La densification produit plus d’individualisme que de confiance et de solidarité. Elle contraint l’espace vital au détriment de l’hospitalité. Les relations sociales s’artificialisent. Les mégabytes prennent alors le pas sur les mètres-carrés. La relation avec son smartphone devient exclusive. Le Pape François parle d’anthropocentrisme : « Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif »[6]. En laissant agir les algorithmes et leurs capacités prédictives, l’altérité s’appauvrit. Et la solitude, « nouvelle épidémie silencieuse », prospère[7].

Sur les plus ou moins-values « durables » le bilan est inquiétant. Les métropoles constituent des îlots de chaleur ; elles sont les premières responsables des émissions de gaz à effets de serre. Le réchauffement climatique accentue les besoins en climatisation et stimule l’inflation énergétique. Parce qu’elles engendrent une consommation standardisée, les métropoles accroissent une surexploitation des ressources naturelles, faisant fi des saisons et de l’équilibre des écosystèmes. En nous mettant hors-sol, elles font désirer la nature en ville, avec des déflagrations écologiques comme celle que nous traversons[8].

 

Le travail est au cœur de cette métamorphose. Il postule de ce que la valeur ajoutée ne réside pas seulement dans la métropolisation, ni dans l’innovation, mais dans le large spectre des connaissances et des territoires dès lors qu’ils permettent à chacun de prouver son utilité.

 

Dès 2018, dans mon essai « Travailler là où nous voulons vivre »[9] je dessinais les contours d’une organisation nouvelle. Des territoires au cœur desquels les productions enracinées retrouvent une actualité, par le double effet des circuits courts et de technologies qui ouvrent l’accès aux marchés mondiaux. Une réindustrialisation qui remet en cause les concentrations logistiques en passant d’un modèle de masse au sur-mesure. Des espaces de coworking au cœur d’un compromis entre le lieu de vie et le siège de l’entreprise. Un redéploiement des formations et de l’innovation pour féconder la diversité de notre géographie, avec des perspectives de rebond à la fois pour l’économie et pour l’emploi.

 

Permettre à chacun de travailler là où il souhaite vivre, c’est l’opportunité de lier son propre destin à celui de son pays. Par la distribution de la valeur plutôt que par sa concentration. Or, notre organisation, bâtie selon un centre et une périphérie, n’assure plus cet équilibre. Elle résiste à l’architecture en réseau qui structure le monde et à l’aspiration au bien-être des populations. Toutes les innovations vont progressivement nous libérer de la densification urbaine. Le travail, les loisirs, la santé, l’éducation ou la consommation s’affranchissent. Ils deviennent accessibles, dans les meilleures conditions, là où nous avons choisi de vivre.

 

Cette métamorphose appelle une transformation de notre organisation spatiale. Dans ce nouveau maillage, les villes moyennes vont devenir des échelles pivots entre les espaces ruraux et les métropoles. Ces dernières resteront des interfaces logistiques, des référentiels académiques, techniques ou politiques entre nos territoires et le reste du monde. L’aménagement du territoire se construira sur un double enjeu : rapprocher les Français des villes moyennes et les villes moyennes des métropoles. Le numérique sera l’outil d’aménagement de cette redistribution.

Les circuits de financement et d’investissements devront être relocalisés pour drainer l’épargne vers les entreprises et les infrastructures. A l’image de ce qu’ont été les bourses régionales, nos Régions animeront des boucles de financement pour mobiliser les ressources et assurer les investissements structurants nécessaires à cette ambition. Avec une moyenne de 20 à 30 milliards de constitution d’épargne annuelle, elles sont la bonne échelle.

La confiance dans nos institutions – indispensable à la revitalisation de notre projet politique – passera par un mouvement de subsidiarité. Dans la 11ème vague du Baromètre du Cevipof[10] les Français en désignent les acteurs-clés. Deux binômes seront au cœur de cette réorganisation : le pôle commune-intercommunalité pour les politiques de proximité, et le pôle métropole-région pour le développement. Une réallocation des compétences et de la fiscalité, mais aussi une politique contractuelle entre l’État et les Collectivités, permettront une optimisation de nos politiques publiques. Plus efficaces, plus proches et moins coûteuses.

Le hiatus entre l’espérance d’une vie plus équilibrée de la part des Français et le tropisme centralisateur des élites met le pays à fleur de peau. Il ressemble à celui par lequel on confond PIB/habitant et bien-être. Révélant avec cruauté la pauvreté d’une gestion comptable, technocratique, technologique, conjoncturelle ou émotionnelle, mais sans « politique ». Or, la confiance, ferment de l’action de l’action publique, n’existe que si elle permet à chacun de trouver sa place dans la société.

 

Reconnaitre les richesses de notre diversité, pour permettre à chacun de vivre là où il le souhaite, amorce la convergence entre nos aspirations individuelles et nos atouts géographiques. Cette double ambition en fait un projet de société.

Publié dans Marianne.net

[1] Enquête AMF-Cévipof 2019

[2] Baisse de la population de 0,5% par an entre 2012 et 2016, l’équivalent de 12000 habitants/an – Sources INSEE 2018

[3] « La France en Morceaux » – Etude Institut Montaigne et Elabe

[4] Etude INSEE 2018

[5] Territoires, bien-être et politiques publiques – Janvier 2020

[6] Laudato’si, sur la sauvegarde de la maison commune – Pape François – 2015

[7] Royal College of General Practitioners – Londres 2017

[8] « Mettre la nature en ville risque d’accélérer les déflagrations écologiques » Jean-Christophe Fromantin et Didier Sicard – Le Monde 8 avril 2020

[9] Essai « Travailler là où nous voulons vivre – vers une géographie du progrès » Ed. François Bourin

[10] 11ème Baromètre SciencesPo Cévipof sur la confiance politique

Les chaines de valeurs méritent mieux qu’un entre-laçage de maillons faibles

Dialogue avec Kako Nubukpo, Doyen de la Faculté de Sciences économiques de Lomé et ancien ministre de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques du Togo

 

Où que nous soyons. Dans une cage d’ascenseur, une pièce ou un pays. Quand la porte se ferme, nous sommes seuls. Face à nous-mêmes. Face à nos limites, nos handicaps ou nos contradictions. Face à notre destin. La crise nous rappelle cette évidence. En suspendant provisoirement les effets de la mondialisation, elle fait prendre conscience de ce que nous sommes. Elle révèle les faiblesses et les difficultés, mais aussi – à ceux qui l’auraient oublié – l’authenticité de nos cultures, la réalité de notre patrimoine et la vérité de notre géographie. Elle nous fait redécouvrir les vraies valeurs.

 

Nos ignorances et nos doutes sur le Coronavirus ont cette vertu d’alerter sur notre vulnérabilité. Personnelle et collective. Celle qui nous rapproche de la mort. Comme celle que nous observons quand nos économies s’extraient des flux de la mondialisation. Que nous soyons du nord ou du sud, riches ou pauvres, la pandémie opère de la même manière. Foudroyante. Sans appel. Tous, nous appréhendons sa propagation. Par réflexe de survie, nous évaluons nos forces et nous réactivons les solidarités. Nous partageons les enjeux dans l’intimité de nos frontières. Pour agir avec les moyens dont nous disposons. Nous faisons l’inventaire de ce sur quoi (et sur qui) nous pouvons compter. Des stocks de masques. Insuffisants. Des médicaments. Insuffisants aussi. Car l’enchevêtrement des connexions et les interactions de l’économie nous ont parfois fait oublier la réalité de ce que nous sommes, les atouts que nous possédons, et ce grâce à quoi nous vivons. Nous sommes surpris. Très surpris. Car nous réalisons qu’à force de produire des fragments d’offre, dès que la porte se ferme, nous n’arrivons plus à acheter les produits dont nous avons besoin. Même les plus évidents. Quand la Côte d’Ivoire, bien que premier producteur mondial de cacao, s’aperçoit qu’il n’y a plus de chocolat dans ses rayons de supermarché ; ou quand les élastiques deviennent une denrée rare qui se monnaye comme une matière précieuse.

 

Dans un huis-clos inattendu, chaque famille, chaque ville, chaque pays retrouve la communauté de destin qui est la sienne. C’est le rendez-vous le plus universel. C’est peut-être celui dont notre planète avait besoin – non pas pour remettre en cause la mondialisation, elle existe, et il serait vain de vouloir la déconstruire – mais pour faire l’inventaire de notre patrimoine à sa juste valeur. Celui de nos actifs naturels, celui de notre pharmacopée, celui de nos savoir-faire comme celui de notre monnaie. Pour ne pas oublier que notre approche de la mondialisation ne doit pas être un renoncement – ni à ce que nous sommes, ni à ce dont nous sommes les dépositaires – mais une contribution durable à une communauté de destin. L’Afrique en témoigne. Le spectre de ses richesses est aussi vaste que les problèmes à résoudre. La voie à emprunter est celle d’un juste équilibre entre ce dont elle a besoin et ce qui peut entrer dans les circuits d’échange. Avec discernement. En anticipant un marché intérieur dont le développement est prometteur.

Cette approche du monde réhabilite les « communs ». Ceux qui sont propres à chaque culture et qui participent des interactions nécessaires aux relations sociales. Comme ceux que nous avons en partage, au-delà de nos frontières, et qui s’inscrivent au patrimoine universel. La crise redonne à nos atouts singuliers une raison d’être. Nous prenons conscience de ce qui nous manque, que nous avons bradés, perdus ou oubliés. Nous faisons l’inventaire des actifs qui ont été accaparés ou confisqués en contrepartie d’une promesse, souvent vaine, de modernité.

Pour valoriser nos atouts et construire des relations durables dans la mondialisation, nous devrons agir sur plusieurs fronts : réinventer une économie des communs, plus équitable ; chasser les endogamies qui privent notre avenir de la diversité des talents ; imaginer une gouvernance raisonnée des ressources communes. C’est un enjeu à la fois politique et économique. C’est aussi un enjeu géographique. Nous ne pouvons plus assister impuissants au développement asymétrique du monde. La géographie du XXIème siècle ne se façonnera à l’aune des ratios, des courbes et des performances de l’économie financière. Nous entrevoyons déjà les conséquences d’une économie basée sur ces artefacts : ce sont les hypertrophies urbaines, les nouveaux déserts provoqués par le réchauffement climatique, d’infinies périphéries où prospère la pauvreté, des zones de production intensive réalisées au prix d’une déforestation irresponsable. Les flux migratoires et les pertes humaines, qui se chiffrent par dizaines de milliers, sont un indicateur parmi les plus réalistes, de la dérive des modèles de développement. La phrase choc de 1967 du Pape Paul VI dans son encyclique Populorum progressio, résonne comme un ultimatum : « Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui les peuples de l’opulence ».

 

L’impact psychologique de la crise sanitaire nous projette au-delà des sciences et de leurs rationalités. Elle ouvre grand le champ des hétérodoxies. Celles par lesquelles les équilibres humains prennent le pas sur les anticipations économétriques. Celle qui donne aux témoins plus de poids qu’au sachants. Les chaines de valeurs n’ont pas vocation à devenir des chaines de dépendances, au risque d’engendrer des tragédies en chaine comme celle que nous traversons. Elles méritent mieux qu’un entre-laçage de maillons faibles. Ou de devenir les variables d’ajustement d’un monde global. Avec le risque de lier le sort du monde à l’imprudence des uns ou à l’égoïsme des autres. Elles doivent se construire dans le temps long. Dans celui de la prospective. Celui grâce auquel la santé, l’éducation, et toutes les singularités dont nous sommes les garants, permettront à chacun de vivre digne et de trouver sa place.

La crise interpelle les excès d’un cycle économique

Dialogue avec Philippe Chalmin, Professeur à l’Université Paris-Dauphine

 

« Il faut espérer que l’humanité du début du XXIème siècle pourra rester dans les mémoires pour avoir assumé avec générosité ses graves responsabilités ». Cette phrase de 2015 du Pape François est particulièrement interpellante. Elle appelle à tirer parti des épreuves que nous traversons pour penser l’avenir à l’aune du Bien commun. La crise sanitaire actuelle, ses causes et ses conséquences prévisibles, posent avec acuité cette question de l’après. Et du sens que l’on voudra bien lui donner. Pour autant, dans une économie globalisée, dont rien ne semblait jusqu’à aujourd’hui pouvoir arrêter le mouvement, peut-on espérer une inflexion au service du Bien commun ?

 

Avant d’envisager le sursaut d’espérance que le Pape François appelle de ses vœux, nous devons essayer de comprendre l’impact économique de cette pandémie. Marquera-t-elle une cassure avec le cycle de croissance mondiale que nous connaissons ? Ou sera-t-elle un événement sanitaire dont l’inertie d’une économie globale aura raison des effets à moyen ou long terme ? Car cette crise, par son ampleur, a probablement le même potentiel explosif que celui des artificiers qui déclenchent les avalanches en montagne. En 2020, au regard d’un écart de six points entre les prévisions de croissance mondiale initiale (+3%), et celles projetées aujourd’hui (-3%), il n’est pas difficile d’imaginer l’impact qui se profile et l’onde de choc qui découlera de cette déflagration sur l’économie mondiale. A ce stade, s’il est difficile de répondre sur les effets de long terme, on peut néanmoins convoquer quelques faits historiques provoqués par d’autres facteurs exogènes et tenter des comparaisons : la crise de 1929, qui conclut brutalement un cycle libéral dont la 1èreguerre mondiale a révélé l’obsolescence, introduit l’Etat-providence ; plus près de nous, le choc pétrolier de 1973 a marqué la fin des Trente Glorieuses et amorcé un nouvel ordre libéral qui a permis l’émergence de la 3èmerévolution industrielle. Le Covid 19, va-t-il dessiner un virage semblable, mettant un terme temporaire à la grappe d’innovation issue de cette révolution ? Considérant que nous entrons dans la phase de digestion qui suit l’épopée technologique des années 70 ; et que les nouveaux moments d’innovation se profilent à un horizon plus lointain, alors nous serions plutôt dans le retournement d’un cycle économique dont la crise actuelle précipiterait l’issue.

A l’inverse, d’autres facteurs plaident pour une crise à effet rétroactif. C’est le cas par exemple des contre-chocs pétroliers et gaziers dont l’évolution des cours de l’énergie stimulerait la résilience de la vieille économie. Avec la tentation forte, et légitime, de favoriser une relance en s’appuyant sur les actifs industriels actuels et sur les modes de consommation traditionnels. Ces effets rétroactifs, voire rétrogrades, pourraient également se mesurer à l’aune des échecs répétés du multilatéralisme dont la pandémie pourrait sonner durablement le glas. L’atonie du G20, actuellement présidé par l’Arabie-Saoudite, le report de la COP 26 à 2021, la paralysie européenne et, plus généralement, les priorités nationales qui vont découler des crises sociales et politiques que la pandémie aura provoqué, ne laissent pas espérer une réponse collective, ni consensuelle, à la crise actuelle.

 

Au-delà d’une approche cyclique de cette crise, il faut observer les réactions qu’elle provoquera dans les opinions publiques et, le cas échéant, ses influences sur l’évolution des politiques menées par les Etats. La pandémie, révèlera-t-elle des valeurs sous-jacentes d’équilibre dont on perçoit depuis quelques années une montée en puissance ? Cela donnerait raison au Pape François et au principe de responsabilité qu’il appelle de ses vœux dans sa Lettre encyclique Laudato si’. Aujourd’hui, au pic des angoisses des populations, l’envie de Bien commun est sur toutes les lèvres. Les urgences sanitaires et sociales auxquelles les Etats tentent de faire face donnent une actualité inattendue à l’État-providence. Les appels à une redistribution, voire à une ré-humanisation des chaines de valeurs pour restaurer des économies de proximité et souveraines, s’entendent aux quatre coins du monde. Le besoin de rééquilibrer capital et travail pour s’extraire de sur-financiarisation de l’économie questionne à nouveau ? Quelle résonance auront ces appels ? N’y-a-t-il pas, malgré tout, une part de velléité ou d’opportunisme dans ces expressions ? Et un risque de résignation dès que la crise sera passée ? Sans doute. Mais l’approche de la mort – ou du risque de la mort – que chacun d’entre nous côtoie de plus en plus près, bouleverse les certitudes scientifiques comme les modèles économiques. Avec des milliers, puis des dizaines de milliers, puis aujourd’hui des centaines de milliers de victimes dans le monde, la crise interpelle à nouveau les valeurs humaines. Elle rend plus humble, elle fait prendre conscience à chacun de sa fragilité et de ses responsabilités. C’est en ce sens que la notion de Bien commun retrouve une actualité. Elle nous amène à porter un regard neuf sur de nombreuses initiatives qui s’avèrent plus nécessaires que jamais : les COP, la Convention sur le commerce international des espèces de faunes et de flores sauvages menacés ; la Convention de Bâle sur les déchets dangereux ; ou la Conférence des Nations-Unis sur le développement durable. Elle croise une aspiration au bien-être qui se substitue à celle qu’occupait la réussite matérielle à n’importe quel prix. Elle interpelle les excès d’un cycle dont la croissance est devenue la principale raison d’être.

 

« Quand vous ferez les moissons dans votre pays, tu ne couperas pas les épis jusqu’au bord de ton champ, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner.  De même, tu ne cueilleras pas les grappes restées dans ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits qui y seront tombés. Tu laisseras tout cela au pauvre et à l’immigré. » Cette prophétie métaphorique du Lévitique apporte un élément de réponse. Elle rappelle le sens de l’économie, ou plutôt ses limites, dès lors que la marchandisation s’érige comme principe cardinal.

 

L’économie qui sortira de cette crise sera probablement ce que nous en ferons. Elle ne donnera raison à une théorie économique des cycles – s’il en est – qu’à condition qu’il existe un cycle naturel des équilibres fondamentaux. Car la crise révèle d’abord nos fragilités dès lors qu’apparait un dysfonctionnement entre l’homme et la nature. L’économie procède néanmoins d’une réalité indiscutable : la confiance. La crise aura provoqué un véritable doute vis-à-vis d’un modèle de développement ; mais aussi de tous les sachants et les savants dont l’illusion prométhéenne se mesurait à l’aune des promesses de l’intelligence artificielle ou du transhumanisme. La confiance retrouvée sera au prix d’un nouveau modèle. Il nous appartient dorénavant d’en tracer les contours …

Jean-Christophe Fromantin

Le sens du collectif …

Dialogue avec Catherine Grémion, Sociologue, Directeur de recherche émérite au CNRS

 

Nous ne pensions pas que cela puisse arriver. Même si les actualités rythment nos vies avec une fréquence toujours plus rapide, la présence de la mort – telle qu’elle surgit d’une guerre ou d’une catastrophe – semblait, jusqu’à aujourd’hui, laisser place à une forme de tranquillité perpétuelle. Heureuse ou malheureuse. Au gré des inégalités, mais sans inquiétudes, ni illusions sur l’avenir. La crise sanitaire vient bousculer cette fatalité.

 

Parmi les enseignements de cette crise, et de ce qu’elle révèle avec une acuité très singulière, nous redécouvrons la proximité. Difficile proximité avec les victimes, car plus le temps passe, plus la probabilité que nous soyons en contact avec un malade grave du Covid 19 est forte. Belle proximité avec des anonymes, qu’ils soient médecins, infirmières, caissières ou agents publics, dont le dévouement force l’admiration. Ils se révèlent être des maillons essentiels d’une chaine vitale. Proximité territoriale également, car le périmètre des dispositifs-supports ou de l’approvisionnement en équipements sanitaires, est bien souvent l’apanage des collectivités locales. Proximité économique aussi, quand les industriels reconfigurent leurs machines pour nous fournir des masques, des gels hydro-alcooliques ou des respirateurs. Ces équipements dont nous ne soupçonnions pas l’existence hier, et dont nous avons tellement besoin aujourd’hui qu’ils se transportent sous escorte policière.

A l’heure où nous pensions, sans beaucoup de doutes, que les algorithmes résoudraient tout, nous découvrons que nous avons d’abord besoin des « autres ». L’altérité reprend ses droits. Nous vivons une « trêve de l’égoïsme » qui touche toutes les strates de la société. Chaque soir à 20h00, les marseillaises entonnées depuis nos balcons, les cris d’encouragement et les bruits de casseroles que nous faisons vibrer avec ferveur, manifestent la reconnaissance collective de la valeur de l’engagement.

Dans un monde dont l’individualisme et la défiance devenaient des marqueurs que nous pensions indélébiles, une question se pose, comme un nouvel horizon : sommes-nous en train de retrouver le sens du collectif ?

Un collectif dont la crise révèle d’autant plus l’urgence qu’elle exacerbe les inégalités. Souvent de façon inattendue, voire à l’inverse de ce que nous imaginions : quand les métropoles comme New-York, Shanghai, Londres ou Paris, temples incontestés de la modernité, se trouvent être les lieux de plus grande précarité sanitaire ; quand l’économie locale prend sa revanche sur celle issue des grands flux internationaux, stoppés net par les fermetures des frontières ; ou quand les solidarités entre  voisins se substituent à l’Etat-providence, dépassé par l’ampleur de la pandémie et par les limites du télétravail. La crise inscrit avec force et naturel le « collectif » dans une construction horizontale dont nous avions peut-être perdu le sens et les valeurs.

 

Il revient probablement à chacun d’entre nous de transformer cette ouverture en point de départ d’une perspective nouvelle. Cette évolution passera par deux conditions préalables : que nous acceptions de délier la notion de progrès avec celles qui lui sont systématiquement attachées comme l’innovation, le changement ou l’accélération ; que nous nous libérions d’une logique financière dont la performance est devenue l’emblème de la réussite des sociétés modernes.

 

La première condition fait débat. Mais elle trouve de plus en plus chez nos contemporains des signes encourageants de vitalité : l’envie de vivre dans des unités urbaines à échelle humaine, la recherche d’une qualité environnementale ou l’appétence pour les circuits courts de consommation. Elles révèlent une vision du progrès qui est moins « technocentrée », mais dont l’innovation ou le changement ne valent qu’à l’aune de la qualité de vie authentique à laquelle ils nous permettent d’accéder. La crise actuelle valorise cette évolution. Elle la stimule. Elle montre à quel point ceux qui vivent en dehors de la promiscuité et de la fébrilité des hubs métropolitains, tout en restant connectés, bénéficient d’un équilibre de vie.

La seconde condition appelle un retournement de nos modes d’organisation. La compétition économique, la frénésie de consommation et l’explosion des déficits budgétaires façonnent un monde dont la finance est maître du jeu. Ces évolutions s’opèrent par consentement mutuel, à la fois des États qui s’endettent au-delà des seuils d’équilibre, des entreprises qui optimisent leur croissance par des effets de levier, mais aussi des particuliers qui consomment à bas coût sans se préoccuper du bilan social ou environnemental des produits qu’ils achètent. Ainsi, la stabilité politique se détermine d’abord par les stratégies des banques centrales. Là encore, la crise démontre cruellement la précarité de ces modèles : quand nos hôpitaux répondent d’une logique productiviste qui les éloigne de leur raison d’être ; quand la complexité des chaines de valeurs prive nos territoires de leurs productions et leurs savoir-faire ; ou quand nos dettes ne sont plus portées par des responsables qui les assument, mais diluées dans des processus de titrisation, la rationalité financière montre à chacun ses limites et ses insuffisances. Elle laisse apparaitre un monde dont les fondamentaux sont fragiles là où l’on pensait qu’ils résisteraient aux pires aléas. Aucun crash-test n’avait anticipé le scenario que nous vivons.

 

Cette crise interroge la responsabilité de chacun d’entre nous. Elle fait réfléchir sur la position d’un curseur que nous avions délibérément tourné au maximum de sa puissance jusqu’à ce qu’un virus fasse disjoncter la société. Ceux qui font preuve d’une formidable solidarité au cœur de cette crise, démontrent s’il en est besoin, la résilience de la nature humaine. Rassurant. Admirable. Mais prenons garde à ce que dans quelques mois l’oubli ne vienne pas entamer les motivations de ceux qui aujourd’hui portent cette espérance.

Dialogue réalisé dans le cadre du Forum de l’Universel : https://www.lesateliersdeluniversel.org/index.html

La nature en ville .. Ou les avantages de la ville dans la nature ?

France culture réagit sur l’article que nous avons rédigé avec le Professeur Didier Sicard sur les risques de « mettre la nature en ville …

https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus/la-nature-est-elle-faite-pour-vivre-en-ville

La (vraie) question de société est la suivante : Sommes-nous condamnés à vivre dans d’immenses métropoles ? Dans quel cas, le besoin de nature – indispensable, car inhérent à notre propre nature -produira de plus en plus les « déflagrations écologiques » dont nous parlons … Ou, l’innovation ne nous permet-elle pas de faire l’inverse ?De mettre les avantages de la ville à la campagne, là où nous voulons vivre, de telle manière à concilier les avantages de la nature (sans la dénaturer) et les standards de modernité auxquels nous aspirons légitimement (en termes de santé, de formation ou de consommation) ? C’est un grande débat de société qui s’amorcent sur les modes de vie auxquels nous aspirons et sur ceux que nous allons construire. Le problème aujourd’hui, est que les métropoles fascinent les politiques mais elles ne correspondent plus aux modes de vie auxquels aspire la grande majorité des habitants de la planète …!

Métropolisation et « envie de nature » risquent d’accélérer les déflagrations écologiques

Dialogue avec le Professeur Didier Sicard, Médecin épidémiologiste, ancien Président du Comité consultatif national d’éthique. Publiée dans Le Monde.fr le 8 avril 2020

 

Intéressons-nous aussi aux causes, alerte le Professeur Didier Sicard à propos de la pandémie. Y compris au pic de la crise. N’attendons pas. Car le risque est grand que l’après-crise nous détourne d’une réflexion essentielle sur l’exégèse de ce virus.

 

Depuis plusieurs années, nous accélérons le processus d’urbanisation du monde. Les populations citadines se mesurent dorénavant en dizaines de millions d’habitants ; elles se compteront peut-être demain en centaines de millions si des projets comme Jing-Jin-Ji en Chine voient le jour. Wuan, avec près de 12 millions d’habitants, ferait presque figure de ville moyenne. En Chine, en Europe, en Afrique ou en Amérique, partout dans le monde, ces nouvelles configurations urbaines interrogent. Par leur densité, elles portent en germe des déflagrations écologiques à haut potentiel de viralité. Didier Sicard, spécialiste des maladies infectieuses, interpelle sur les risques liés aux envies d’expériences exotiques des populations urbaines. Elles conduisent à extraire de leurs milieux naturels les plantes ou les animaux sauvages dont nous voulons profiter et de les implémenter artificiellement dans d’autres environnements incompatibles avec leur développement naturel. C’est ainsi que nous retrouvons des pangolins à Wuan ou des palmiers d’Égypte dans l’hémisphère nord. « Nous générons des courts circuits entre l’Homme et la nature que la densité urbaine amplifie et propage ». Ces dynamites virales portent des noms : Ébola, VIH, la maladie de Lyme, les virus aviaires (H5N1 etc.) ou les coronavirus. Dans chaque cas, elles procèdent d’une anthropisation dont nous parvenons, avec de plus en plus de difficultés, à limiter les conséquences sanitaires. Plus les villes sont grandes, plus nos univers sont connectés, plus vite les vecteurs de propagation agissent. Plus ils sont efficaces et dangereux. Ce sont d’abord des insectes, des chauve-souris ou des reptiles qui véhiculent les virus puis, 4 milliards d’individus qui chaque année voyagent d’une métropole à l’autre, et prennent le relais des animaux.

Le virus Ébola a été maitrisé car il se propageait loin des villes, dans des villages africains du Zaïre, suffisamment hermétiques les uns des autres ; il était assez grave pour que la mort précède sa diffusion et permette de réagir à temps. Si Ébola atteignait une grande unité urbaine, il est probable qu’il déclencherait une immense catastrophe sanitaire. Le VIH est millénaire, rappelle également Didier Sicard, il restait confiné dans sa version simienne (SIV) dans un environnement enclos. Mais son transfert chez l’homme – causé par des blessures à l’occasion de chasses – a entrainé silencieusement pendant de longues années sa transmission dans des villages reculés. Avant que la création de grands ports africains ne favorise un afflux de populations, donc de prostituées, ce qui en a fait la maladie mondiale que nous connaissons. Plus près de nous, la maladie de Lyme s’est développée quand les rongeurs ont disparu de nos forêts et que les tiques ont fait des hommes leurs nouvelles proies. Les échanges porteurs de viralité sont de plus en plus fréquents. La multiplication de ces interactions à haut risque entre la ville et la nature devrait nous inciter à faire preuve de plus de discernement. Elle devrait davantage stimuler les convergences et les collaborations entre les recherches vétérinaires et médicales. « Étudier les moustiques mérite autant d’attention que celle que nous consacrons à étudier le génome » alerte l’épidémiologiste.

 

La crise sanitaire que nous traversons révèle le silence de nombreuses autorités nationales ou internationales sur les risques consubstantiels de ce trafic mais aussi sur les effets collatéraux d’un modèle de développement mal maitrisé. Demain, notre indulgence vis-à-vis de tous ceux qui s’accommodent de cette évolution sera coupable. Pour autant, cette évolution n’exonère aucun d’entre nous. Au-delà de la responsabilité des États à activer enfin cette régulation mondiale des trafics de plantes et d’animaux sauvages – via la Commission internationale d’interdiction du trafic d’animaux sauvages qui, depuis 1975, n’a eu pour résultat que d’augmenter la clandestinité – d’autres questions se posent : celle, plus personnelle, sur notre capacité à refreiner nos tentations d’exotisme pour ne pas être complice de ces dérèglements ; mais aussi celle d’un modèle de concentration urbaine qui entre en conflit avec notre envie d’écologie qui s’inscrit légitimement au cœur des nouveaux styles de vie. Mettre la nature en ville est une promesse dangereuse. Nous en faisons l’expérience. Nous devons impérativement changer la relation qui nous lie à la nature insiste le Professeur Sicard.

Car « Métropolisation » et « envie de nature » risquent d’accélérer les déflagrations écologiques. D’autant que les prévisions sont assez unanimes sur le fait qu’en 2050, environ 75% des populations vivront dans des métropoles, dont plus de 40 compteront au moins 10 millions d’habitants. Le risque est double. A la fois de reproduire en ville des environnements naturels dont nous sommes friands, d’y multiplier les expériences exotiques ou de céder trop vite aux sirènes du verdissement sans mesurer les impacts et les dérèglements que cela pourrait avoir. Mais aussi, d’accélérer, par nécessité, les transformations d’espaces naturels en zone de production à haut rendement pour nous permettre de consommer des poulets à bas coûts ou de manger des tomates toute l’année. Le Professeur Sicard rappelle les effets catastrophiques des déforestations. Elles amènent à connecter l’Homme avec des milieux naturels qui n’ont pas vocation à interagir avec lui. Ou les conséquences d’élevages industriels dont les dérives sont à l’origine de la grippe aviaire.

 

De nombreuses voix s’accordent sur la nécessité de tirer de cette crise des enseignements forts. Nul doute que les stocks de masques et de respirateurs vont remplir les réserves des hôpitaux du monde entier. Mais aurons-nous l’audace d’aller plus loin ? De proposer la constitution d’un tribunal sanitaire international comme le réclame Didier Sicard afin de pointer et de sanctionner les comportements irresponsables à l’origine de ces pandémies. De remettre en cause les envies effrénées de « consommer » la nature à n’importe quel prix. Là où nous vivons. Au mépris des écosystèmes et de leurs équilibres. Ou d’imaginer un monde moins concentré, mieux distribué, au sein duquel l’envie de nature sera satisfaite par la possibilité de vivre ailleurs que dans quelques mégapoles. Où les circuits-courts seront préférés aux caprices de consommateurs pressés et boulimiques. Là sont les vraies questions ; elles supposent de rechercher les vraies causes, de les expliquer et de les promouvoir. Un enjeu aujourd’hui universel. Peut-être même l’Enjeu !

Jean-Christophe Fromantin, Délégué général du Forum de l’Universel

https://www.lesateliersdeluniversel.org/index.html

La crise révèle l’urgence d’une réflexion sur le destin de l’humanité

Entretien entre Jean-Christophe Fromantin, Maire de Neuilly-sur-Seine, Délégué général du Forum de l’Universel et Jean-Robert Pitte, Géographe, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques.

La géographie mérite d’être interrogée à l’aune de l’expérience inédite qui frappe le monde. Elle est la science des espaces, des mouvements, de la curiosité et des relations humaines ; l’inverse de ce que nous vivons. Alors que dit-elle, quand 3 milliards d’individus confinés sont aujourd’hui privés de toutes ces dimensions ? Dans ce siècle dont la technologie a accéléré les métamorphoses jusqu’à lui reprocher de dénaturer l’essentiel, quelle lecture pouvons-nous oser ?

Jean-Robert Pitte relativise les effets de cette accélération. La crise sanitaire n’est pas la conséquence d’un désordre géographique. Ne cherchons pas de boucs-émissaires. La peste, le choléra ou la grippe espagnole, n’ont pas eu besoin de la mondialisation accélérée d’aujourd’hui pour se répandre sur plusieurs continents. Ces crises font partie de l’Humanité. Le vrai sujet, insiste le géographe, ce que nous révèle cruellement la crise, c’est l’urgence d’une réflexion sur le destin de l’Humanité sur terre. Pourquoi vivons-nous ? Deux dimensions dont nous avons besoin, font également défauts, à la fois pour lever les doutes légitimes que pose la pandémie, mais aussi pour envisager l’avenir : celle par laquelle nous ambitionnons de promouvoir la diversité du monde et celle grâce à laquelle se développe notre sens de l’émerveillement. L’une comme l’autre participent de notre épanouissement et des équilibres qu’il nous faut en permanence reconstruire.

La géographie s’étudie et prospère grâce à la diversité du monde. Nos villes et nos villages, nos montagnes, nos fleuves et nos océans, fondent cette diversité et la richesse des cultures qui en découlent. Ces cultures façonnent nos identités, lesquelles ne vivent que parce qu’elles sont ouvertes, qu’elles rayonnent, mais aussi parce qu’elles s’enrichissent de celles des autres et qu’elles sont en évolution constante. Elles constituent notre raison d’être. Elles révèlent nos économies dans leurs capacités à se différencier et à jouer un rôle dans le commerce mondial. Sans la diversité du monde, sans les cultures, tout s’aplatit, les économies s’effondrent et l’espérance s’efface. Or notre développement se construit dans une asymétrie territoriale. Partout dans le monde, des territoires se vident, quand d’autres débordent. Pour Jean-Robert Pitte, même si nous payons l’absence de politique d’aménagement du territoire, ce n’est pas une fatalité. La période actuelle montre à quel point la pensée humaine réagit au risque de l’urbanisation. Non pas contre les villes – elles sont de bouillonnants lieux de vie, consubstantielles du développement – mais pour rappeler l’attractivité naturelle des territoires et leur nécessité ; pour rappeler également une finalité politique, essentielle, universelle : Celle qui permet à chacun de vivre confortablement là où il se trouve. Le géographe souligne que le sujet ne porte pas tant sur l’égalité des territoires, une notion vide de sens face à la vérité des environnements, des histoires et des choix économiques, mais sur notre capacité à les rendre accessibles pour en apprécier les atouts. C’est sans doute le premier défi de l’innovation. On espère des technologies, non pas l’aliénation que certains nous prédisent, mais qu’elles nous rendent libre de vivre loin des villes avec les mêmes standards de service, d’éducation ou de santé.

Dans ce besoin impératif de reconnaitre la diversité du monde, Jean-Robert Pitte défend « un choc d’émerveillement ». Comme une secousse, pour nous rappeler de ne pas limiter notre horizon à ce que nous croyons connaître. Mais d’appeler au contraire à explorer ; à oser l’expérience d’une découverte nouvelle. Même aujourd’hui, contraints de se déplacer dans un rayon d’un kilomètre autour de chez nous, il y a des choses à découvrir. Cette quête d’une expérience authentique avait été rappelée par les jeunes que nous avions mobilisés pour préparer la candidature à l’Exposition universelle de 2025. Ils mettaient l’hospitalité au cœur de l’expérience. Ils faisaient remarquer combien hospitalité et diversité étaient liées. Mais aussi, combien l’émerveillement conditionnait l’intensité de l’expérience vécue. Au cours des XVIIIème ou XIXème siècles, Chateaubriand, Elisée Reclus ou Jules Vernes, à leur manière, faisaient rêver en sublimant la diversité du monde et le sens de l’hospitalité des peuples les plus lointains. Sachons toujours rêver. Apprenons à regarder le monde là où les gens vivent pour ne pas désespérer d’une uniformité de façade. La crise que nous traversons peut nous donner à redécouvrir une altérité sociale et culturelle. Pour briser l’ennui ou pour réaliser les solidarités du quotidien, nous redécouvrons l’importance de l’autre, ses talents et les richesses qu’offre la diversité des Hommes.

La géographie permet de regarder ailleurs. Or, n’est-ce pas la vertu d’une crise que de savoir prolonger notre regard au-delà des inconvénients et des drames qu’elle nous donne à vivre ? Jean-Robert Pitte persiste : si nous faisons de cette crise une conséquence de la mondialisation, d’un dérèglement écologique, ou du réchauffement climatique, elle risque de nous conduire dans une impasse. Elle ne remettra en cause, ni la marche du monde, ni les technologies qui accélèrent nos vies, ni probablement nos comportements. En revanche elle nous interpelle sur nos projets de vie. Or, les mondes s’emboitent comme les matriochkas. De la plus petite, là où nous vivons chaque jour, jusqu’à la plus grande, la planète que nous aspirons à mieux connaitre et dont nous ne pouvons pas nous passer. A chaque échelle ses enjeux, l’une protège l’autre et les parties sont indissociables du tout. L’unité se façonne dans la diversité comprise et partagée. C’est sans doute cela que nous rappelle inlassablement la géographie.

Pensez aux EHPAD …

Ce soir, réunion avec la direction des EHPAD de Neuilly. Les établissements sont sous haute-protection compte-tenu de la grande sensibilité des résidents au virus. Le personnel est en effectif réduit car plusieurs d’entre eux sont infectés. Nous avons fait le point des besoins de tests, de matériel et de renfort. Ils sont importants. Mais aussi de la manière d’améliorer les relations sociales entre les résidents et leurs familles. Nous allons essayer de mettre en place une équipe de quelques bénévoles pour visiter les résidents et les équiper de tablettes pour des liaisons vidéo avec leurs familles.

La situation dans nos EHPAD, à Neuilly et partout en France appelle notre mobilisation et des signes d’encouragement. Les personnels se dévouent et effectuent leurs tâches dans un contexte particulièrement difficile. N’hésitez pas à manifester votre soutien.

 

Professionnels !

Jeudi 2 avril, 17h00, j’arrive au Centre hospitalier Rives de Seine à Neuilly – dont je préside le Conseil de Surveillance – pour faire un point de la situation. La directrice m’accueille avec ses principaux collaborateurs, médecins et équipe technique. L’ambiance est calme. Je m’équipe. Gel hydro-alcoolique et blouse blanche sont de circonstance. L’hôpital est reconfiguré en profondeur pour distinguer et rendre totalement étanches les circuits de soin traditionnels de ceux qui relèvent du dispositif covid. Je suis impressionné par l’organisation : les plans ont tous été revus, des sas de sécurité sont installés, des ascenseurs sont réservés, des salles ou des chambres ont été transformées, des matériels sont rebranchés etc. Tout cela en quelques jours, suffisamment tôt pour être opérationnel au bon moment. D’où la sérénité que j’ai ressentie en arrivant. L’équipe a totalement anticipé. Ils ont réinventé l’hôpital.

Avant de faire le circuit « covid », nous nous arrêtons dans la chapelle, transformée pour l’occasion, en centre d’assistance pour les familles. Grâce à cette permanence téléphonique au sein de laquelle des personnels en lien avec les équipes médicales se relaient, les familles peuvent avoir des nouvelles des patients. Avec une grande disponibilité : 1 à 18 appels par patient pour expliquer et rassurer. Accrochés au mur, des dizaines de dessins d’enfants marquent à la fois la reconnaissance et les encouragements. Quelques étages plus haut, dans la même veine, une permanence physique accueille 7 jours/7 les personnels soignants des zones critiques (anesthésie, urgence, plateau covid) pour « gérer » avec eux la tension et les questionnements qu’appellent inévitablement leur mission.

Nous faisons le circuit covid. Urgence, zone de haute-viralité, surveillance continue, plateau dédié composent ce parcours exceptionnel balisé par des sas. Les personnels sont équipés de heaume, masques, sur-blouses pour se protéger et faire front, au cœur du réacteur sanitaire. Là aussi, l’ambiance est calme, les procédures sont maitrisées, les regards sont souriants. Quelques échanges et quelques mots d’encouragement me permettent de mesurer l’engagement des personnels soignants. Professionnels. Dévoués. Totalement investis. Je croise une aide-soignante qui vient prendre son service de nuit après avoir fait les 60 kilomètres qui la séparent de son domicile. Merci.

Je fais un passage à la maternité, elle aussi dédoublée. Covid/ non Covid. Tout a été pensé pour la sécurité des mamans et de leurs bébés mais aussi pour leur sérénité. Même les papas sont encore autorisés, grâce à cette exceptionnelle organisation, à partager l’immense moment de bonheur d’une naissance.

Aujourd’hui 69 malades Covid sont soignés au Centre hospitalier Rives de Seine. Nos EPHAD, l’hôpital américain et la Clinique Ambroise-Paré sont aussi mobilisés. Au-delà de l’organisation c’est aussi une chaine de solidarité qui est en mouvement. Nos collectivités, les entreprises, les associations, les commerces, le groupe Facebook « Solidarité Hôpital de Neuilly », des soignants libéraux, bénévoles et volontaires et de nombreux anonymes s’insèrent dans cette chaine de soin au service de nos malades et de leur famille.

Ce soir, je quitte l’hôpital avec un sentiment mêlé d’admiration, d’émotion et de fierté. Sans oublié ceux que j’ai entr’aperçu derrière des vitres et des machines, branchés ou intubés, qui se battent pour vivre et qui sont devenus la raison d’être de ces immenses professionnels de la santé. Courage. Merci.

 

Pour un nouvel humanisme

Ma tribune avec Philippe Levillain, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques (pour le Forum de l’Universel) – publiée dans Figaro Vox

 

L’exceptionnelle crise sanitaire que nous traversons stipule d’aborder plusieurs questions fondamentales.

 

Une des questions parmi les plus aigües, au miroir de notre société, est celle de la sélection de ceux qui doivent être les mieux soignés. L’allongement de l’espérance de vie et le poids des plus âgés dans la structure démographique de nombreux pays lui donnent une acuité particulière. Elle pourrait être de plus en plus sensible compte-tenu des principes d’efficacité et de rentabilité qui régissent nos sociétés contemporaines. Alors que nos civilisations de traditions grecques et romaines ont sanctuarisé la famille et la sagesse des ainés, on assiste aujourd’hui à un désordre social qui privilégie les forces vives par rapport aux forces passées. Dans la vision chrétienne de la vie, en cas de maladie, la vie de l’enfant doit être privilégiée à celle de la mère. C’est la victoire de l’espoir dans la vie par rapport à celle du vivant usé. Par conséquent la question ne se pose pas forcément en termes de générations. Elle est à considérer par rapport au contexte dans lequel on vit et à l’idéal de société auquel on aspire. En 1912, ceux qui ont été sauvés dans le naufrage du Titanic – « les femmes et les enfants d’abord » – incarnaient ce choix celui d’une confiance forte et indéfectible dans l’avenir. La question qui surgit aujourd’hui est celle du sens de cette sélection dans un contexte politique aléatoire. « L’homme est un loup pour l’homme » rappelait Hobbes dans le Léviathan. Qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui ? Sacrifier une génération par rapport à une autre n’est concevable – fut-ce dans un contexte d’urgence, de guerre ou de pandémie – qu’à l’aune de l’espoir que portent ceux qui seront sauvés. Là est sans doute une des questions les plus universelles qu’il faut affronter dans de telles circonstances. Notre défiance vis-à-vis des valeurs du passé et l’approche à court-terme de l’avenir créent un doute sur la meilleure option. Sacrifier une génération n’a de sens que pour sauver l’humanité, pour construire l’avenir ou pour répondre d’un projet politique plus fort que la crise qui nous décime. Ne pas aborder en face cette question reviendrait à subir les injonctions des plus puissants ou à céder à la fatalité. Et de s’en tenir alors à une réponse aussi simpliste que dépourvue de sens : A quel âge peut-on fixer le seuil d’utilité ?

 

Cette crise révèle aussi le primat donné à l’individu sur l’économie. Les décisions politiques, en Chine, en Europe ou aux Etats-Unis, sont heureusement prioritairement orientés vers la santé des personnes malades. Mais un autre enjeu nous attend, celui d’éviter de passer du primat de l’individu à l’individualisme au détriment des solidarités. Une crise comme celle que nous traversons constitue un test pour l’Humanité. Les tentations individualistes, nationalistes et toutes les formes d’égoïsme mettent à l’épreuve notre communauté humaine, sa solidité, son potentiel de réconciliation et l’attention mutuelle et bienveillante de ceux qui la composent.

 

Il faut aussi considérer la question de l’inégalité face à la santé. Nous ne pouvons rien au fait que nous sommes génétiquement différents face à la vie. En revanche notre environnement a une très grande influence sur les différences de notre capital santé et de nos chances de vie, voire de survie. Cette seconde différence est majeure et elle constitue le socle d’une question universelle qui se pose à nous : Quel projet de vie chacun d’entre nous peut-il espérer ? Car de nombreuses dérives en limitent le champ. La métropolisation, la pollution ou l’alimentation rapide résultent de choix – ou de non choix – politiques dont l’impact est très lourd sur notre santéLa crise actuelle met à nu à la fois notre capital santé, mais aussi notre politique de santé. Nous vivons les limites d’un modèle de société qui a cédé à la performance économique plutôt que de veiller à la préservation d’un bien commun universel. Or c’est à partir de ce bien commun que chacun d’entre nous puise les ressources dont il a besoin pour réaliser son projet de vie.

Cette crise révèle également les limites d’un système de santé dont les performances technologiques et scientifiques exceptionnelles sont démasquées cruellement par l’enjeu d’une médecine populaire et équitablement distribuée sur nos territoires. Nous sommes capables de transplanter des cœurs. Mais pas de fournir des masques ! C’est pour cette raison que la crise sanitaire conduit directement vers le sujet de la prévoyance. Quand plus d’un milliard d’individus à travers le monde est confiné à cause d’un virus, ce qui nous apparaissait hier comme évident, simple et bien rodé ne l’est plus. Prévoyance équivalait à sécurité. N’est-ce pas la prévoyance qui nous permettait de prévoir, de mutualiser nos moyens et d’offrir à tous la meilleure vie ? N’est-ce pas sa construction assurantielle qui nous rendait serein face à la maladie ? Face à cette question et dans le contexte que nous vivons, il est facile de comprendre que la prévoyance est mise à mal. Le coronavirus dépasse le sujet du paiement des soins. Il est impossible de chiffrer la prévoyance dans ce paradigme nouveau. Le coronavirus nous interpelle sur un enjeu plus vaste, celui d’un modèle dont les effets sont imprévisibles et incontrôlables sur notre santé.

 

La question se pose donc des bases à partir desquelles, forts de cette crise et des enseignements que nous saurons en tirer, nous avancerons vers un nouvel humanisme. Quand Mireille Delmas-Marty, membre de l’Institut, appelle à ce nouvel humanisme, elle mise sur la « boussole des possibles », régulée par des valeurs simples et universelles comme la fraternité, la solidarité, l’hospitalité ou la dignité. En juin 2009, le pape Benoit XVI, dans son encyclique sociale « Caritas in Veritate », rappellait que la gratuité sera le marqueur clé d’une humanité retrouvée. La crise actuelle fait exploser nos certitudes. Il nous appartient d’en faire une Espérance.

Mon interview dans Valeurs actuelles

La démétropolisation, notre avenir

 

Grand Paris, centralisation à outrance, saturation de l’espace de vie … A la veille du scrutin municipal, l’actuel maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, bat en brèche les idées reçues sur un modèle dépassé.

 

Propos recueillis par Solange Bied-Charreton

 

Vous avez fait paraître en 2018, Travailler où nous voulons vivre[1], dans lequel vous nous proposez de revoir entièrement la manière dont nous habitons le monde, car nous demeurons surtout là où nous trouvons du travail. Quelle a été la genèse de votre réflexion ?

 

Cet ouvrage s’est nourri de mon expérience à la présidence d’ExpoFrance 2025, un projet qui avait pour but de préparer la candidature de la France à l’exposition universelle de 2025, et qui m’a permis de faire le tour du monde pour interroger avec d’autres acteurs la notion d’universalité. Tout cela m’a logiquement poussé à m’intéresser aux Expositions universelles du XIXesiècle. La notion de progrès semblait alors indissociable de la technique. Le règne de la machine étendait son empire de fascination et de sidération sur les hommes à l’ère industrielle, elle était au cœur de leurs préoccupations : comment vivre avec la machine, comment la maîtriser ? Aujourd’hui, ce sont les nouvelles technologies qui sont synonymes de progrès, qui façonnent à la fois l’universel et nos modes de vie individuels. Toutefois, on ne pose pas – ou mal – le débat de l’existence au prisme de ce progrès, alors qu’il régit tout, à commencer par l’économie. Par la suite, j’ai créé mon think tank, Forum de l’Universel, un espace d’études et de prospectives sur les enjeux géographique. Ces initiatives ont pour point commun d’apporter des réponses à un questionnement politique : quel est notre projet de société ?

 

Le modèle métropolitain n’est pourtant pas décrié, loin de là. La métropole concentre la richesse et permet de l’accroitre. Pourquoi vouloir démétropoliser l’espace ?

 

On entend le même refrain depuis vingt ans : « l’avenir est dans les métropoles ». Chaque époque a sa doxa. Dans le même temps, on constate les problèmes engendrés parla métropolisation à outrance : désertification des territoires, saturation de l’espace dans les métropoles, avec les conséquences sociales, économiques et environnementales que cela implique. Non, la métropolisation ne représente pas un progrès économique, elle conduit à la standardisation des modes de vie, à la compétition permanente et donc à la financiarisation de l’économie. En amenuisant la diversité de l’offre, il devient impossible de se démarquer. La qualité des échanges s’appauvrit, la curiosité disparaît. De ce fait, on aboutit forcément à l’affaiblissement de l’offre économique et culturelle.

 

Etes-vous aujourd’hui sur la même ligne que le Rassemblement national, qui voit la métropole comme un avatar de la mondialisation et doit être combattu pour cette raison ?

 

Précisément pas. Je défends l’idée de mondialisation, à condition qu’elle existe. La mondialisation, c’est l’échange avec l’autre, pas la compétition des mêmes. Une véritable mondialisation pousse à cultiver les singularités d’un territoire et à diversifier les échanges qu’il entreprend avec les autres. La démétropolisation apparait nécessaire à une mondialisation authentique, au sein de laquelle le voisin me propose quelque chose que je n’ai pas. Elle lutte contre la détérioration de l’altérité culturelle en même temps qu’elle garantit les affinités sociales, le vivre-ensemble, qui ne se créé que lorsque les gens ont de bonnes raisons de vivre ensemble. Avoir quelque-chose de singulier à partager est consubstantiel de la dignité humaine.

 

Même s’il existe de petits villages au modèle « 100% écolo », il semble toutefois qu’on ne puisse pas revenir au village que Fernand Braudel décrit dans L’Identité de la France, où existaient tous les métiers… 

 

Fernand Braudel rappelait justement que les villes n’existent que par la prospérité des territoires qui les entourent. C’est pourquoi, je crois à ces singularités territoriales, dont l’existence repose sur le levier municipal. Ce à quoi je ne crois pas, en revanche, c’est à un renoncement au progrès. Car il nous faut saisir que la technologie est le vecteur de notre liberté et que le localisme en dépend. C’est ce que je veux montrer, que le modèle de la métropole neutralise les projets de vie et qu’en ce sens, elle ne représente pas un progrès social. Ces métropoles énormes, de plusieurs dizaines de millions d’habitants, produisent de l’isolement et mettent à mal la vertu d’hospitalité. On assiste à l’émergence de logements capsules à San Francisco, à Madrid, à Barcelone… Ils font trois mètres carrés, offrent tout juste la place de dormir. En France, la loi Solidarité et Renouvellement Urbain nous en garde et prévoit une surface habitable minimum de neuf mètres carrés. Mais qui veut vivre dans neuf mètres carrés ? C’est la densification des villes qui conduit à la réduction de l’espace vital avec, en arrière-plan, le développement de la peur de l’autre et d’une logique d’isolement, puisque moins l’on voit les gens plus s’en éloigne, plus on individualise son comportement. Une anecdote permet d’illustrer cette mutation inquiétante. On a demandé à des jeunes, dans le cadre d’une étude, s’ils préféraient avoir un logement plus grand ou obtenir davantage de mégabytes dans leur smartphone. C’est la seconde proposition qui a recueilli le plus de suffrages. Evidemment, avec votre portable, vous pouvez vous repérer, commander un repas, communiquer avec vos proches, avoir accès aux réseaux sociaux… Mais il est insensé qu’aujourd’hui on envisage si naturellement de troquer de l’espace vital contre de l’espace virtuel.

 

La notion d’environnement, celle du cadre de vie, s’en trouve escamotée…

 

En effet, et nous constatons encore une fois que la métropolisation ne nous a pas fait accéder à un mieux sur le plan environnemental. Au contraire. Ce sont les métropoles qui produisent le plus de gaz à effet de serre. Elles forment des îlots de chaleur qui sont les premiers contributeurs du réchauffement climatique. De mes échanges avec le maire de Shenzhen, une ville du Sud-Est de la Chine de plus de douze millions d’habitants parmi les plus innovantes au monde, j’observe que l’innovation n’est pas assez rapide pour compenser le développement des îlots de chaleur. La métropole n’est pas une solution d’avenir, c’est une impasse.

 

 

Pourquoi, d’après vous, privilégie-t-on encore le mode de développement métropolitain ?

 

C’est au XIXesiècle que la concentration urbaine a commencé à se développer vraiment. La densification était alors vue comme une condition du progrès, le rapprochement des gens permettant d’amortir les coûts et de justifier la mise en place d’équipements divers. Les pôles de consommation, de santé, de loisirs ont ainsi émergé dans les villes. Or aujourd’hui on arrive à un moment où cette métropolisation est de moins en moins nécessaire : internet la rend obsolète. La masse critique n’est plus concentrée mais distribuée. On ne peut pas affirmer qu’on vit un monde en réseau et dans le même temps continuer à brandir le dogme de la métropolisation à tout va. En fait, c’est une facilité de discours de la part des politiques, c’est aussi une fuite en avant, avec des conséquences qui ont une réalité territoriale. Cette métropolisation est devenue une excuse pour ne plus financer des projets en zone rurale et dans les villes moyennes. A ce sujet, une enquête du CEVIPOF parue en septembre 2019 et menée pour le compte de l’Association des maires de France (AMF) renverse les idées reçues, avec une forte demande de ruralité et, surtout, un plébiscite des villes moyennes, bien plus attractives que les métropoles. Les Français optent à 84 % pour la ville moyenne ou le village, ils ont compris ce qu’ils y gagnaient en termes de qualité de vie. La même tendance s’observe aux Etats-Unis, où les Américains sont d’ailleurs en train de réinvestir ces villes de taille intermédiaire. Le choix d’un modèle de société est un enjeu de volonté politique. La géographie du progrès que je propose permettrait de passer d’un monde concentré à un monde distribué : bénéficier d’un même standard de services, mais qu’ils soient disponibles là nous nous voulons vivre. De plus en plus d’employeurs encouragent le travail à distance et en particulier les formules de coworking, les mentalités changent très vite et cela paraît faisable. Professionnellement, on ne vous évalue plus sur votre présence mais sur la réalisation de vos objectifs.

 

Penser la démétropolisation, ce n’est pas seulement aller contre une logique globale mais s’attaquer à la spécificité bien française, celle de la centralisation…

 

Une volonté de contrôle qui, en effet, remonte à la Révolution et qui est l’œuvre du cartographe Cassini. En 1790, il a découpé notre territoire en 83 départements de manière arbitraire. Résister à cette tendance est toujours d’actualité car elle neutralise l’initiative locale. Emmanuel Macron est un président centralisateur. Cette verticalité dans l’exercice du pouvoir le rend très vulnérable face à une opinion qui aspire à plus de proximité et des élus locaux à plus de confiance. Plus généralement, si La République En Marche n’a pas d’attache locale – et ça va sans doute se confirmer aux municipales – ce n’est pas un hasard. L’un des enseignements du mouvement des Gilets jaunes, avec ses ronds-points, ses assemblées, était au contraire une demande d’enracinement, un retour de l’horizontalité.

 

« Chaque région, chaque territoire, chaque ville peut se mobiliser sur un projet, un savoir-faire ou une spécialité et devenir incontournable dans son domaine », écrivez-vous justement, mais comment réveiller ces territoires et ces villes moyennes, saignées de leurs habitants ?

 

Je suis convaincu de la singularité de chaque territoire. J’ai passé ma jeunesse entre Nevers, Châteauroux, Saintes et Dunkerque, ces villes moyennes souvent dans l’angle mort des politiques publiques. Or, même aujourd’hui et malgré les effets négatifs de la métropolisation, ces villes ne sont pas si isolées que ça. Je pense qu’elles doivent prendre conscience de leur spécificité, de leur richesse, et j’estime leur sort devrait être une priorité des politiques. C’est encore une leçon que l’on retiendra du mouvement des Gilets jaunes. Je renvoie au dernier rapport du Conseil d’Analyse Economique[2]qui soutient que cette crise a introduit dans le débat public de nombreuses interrogations sur les inégalités territoriales. C’est une note récente, très importante, mais elle est quasiment passée inaperçue. « La concentration dans les métropoles contribue […] à accentuer les inégalités spatiales et à générer des externalités négatives sur le bien-être dans certains territoires », est-il écrit. Avec les Gilets Jaunes, on n’a pas su résoudre un problème géographique.

 

Vos observations s’accordent-elles avec celles du géographe Christophe Guilluy qui a théorisé la France périphérique ?

 

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Guilluy parce qu’on vit mieux dans les villes moyennes que dans les métropoles, l’Indice de développement humain (IDH) y est supérieur. Selon moi, la France périphérique véritable se trouve au cœur même des métropoles, où l’on trouve des zones de non-droit à quelques kilomètres de quartiers dont le mètre carré est à 15 000 euros. A contrario, Angers, Dijon, Brest, offrent des qualités de vie incroyable et de nombreux équipements. Il faut sanctuariser les villes moyennes, en faire le pivot de la démétropolisation. Elles irriguent aussi la ruralité. Le décrochage des zones rurales, on l’identifie quand une maternité est trop loin pour qu’une femme enceinte puisse s’y rendre pour accoucher en toute sérénité et quand la supérette quitte le village. Les villes moyennes sont vivables et se développent à condition de ne pas être à plus d’une heure et demie d’une métropole, faute de quoi elles décrochent et entrainent avec elles tout le territoire. Elles doivent offrir un bouquet de services publics extrêmement forts.

 

La démétropolisation de la France sauvera-t-elle la classe moyenne qui disparaît à mesure que les inégalités sociales grandissent ?

 

Les villes moyennes sont mortes parce qu’on a poussé la classe moyenne à aller travailler en métropole. Et la faillite du modèle actuel va s’accentuer car beaucoup d’employeurs historiques des classes moyennes – comme les banques, les assureurs ou la distribution – annoncent des restructurations de grande ampleur. Mais se loger au cœur de la métropole est devenu inabordable pour ses représentants. Ces villes sont des cités pour CSP+ voire ++, les gens sont donc poussés à demeurer toujours plus loin de son centre, dans une super périphérie constituée de cités dortoir. Il reste les logements sociaux, mais ils ne seront jamais suffisants s’ils doivent compenser les territoires qu’on abandonne. Comme rien n’est réglé, le phénomène des Gilets Jaunes est appelé à se répéter. La présidentielle de 2022, j’en suis convaincu, se jouera sur le choix d’un modèle de société.

 

Pourquoi ?

Aujourd’hui la politique est pauvre sur la dimension du sens. Elle est pratique, technique, comptable, technocratique, technologique ou médiatique ; elle est aussi conjoncturelle, émotionnelle, disruptive ou provocatrice, mais il lui manque, me semble-t-il une profondeur indispensable pour accompagner la transformation numérique. La politique n’a de sens que si elle défend une certaine idée du progrès, inspirée par les valeurs qu’elle promeut ; elle n’est pertinente que si elle concilie un projet avec toutes les conditions nécessaires pour permettre à chacun d’y trouver sa place. Or ce n’est plus le cas.

 

Que proposez-vous, concrètement ?

Il faut permettre à chacun de vivre et travailler là où il le souhaite pour réaliser son projet de vie. La conception de l’Etat vis à vis des territoires doit passer d’une logique de domination à une logique de partenariat et d’un principe d’obligation à celui de contractualisation. Chaque Français doit être à moins un quart d’heure d’une ville moyenne et à moins 1h30 d’une métropole connectée au monde. C’est une question d’équité. L’aménagement du territoire doit se développer selon six principes : sanctuariser le maillage des villes moyennes, connecter les villes moyennes aux métropoles ; relier les métropoles entre elles ; organiser les connexions logistiques de chaque territoire avec le monde ; déployer les technologies sur l’ensemble du territoire ; faciliter à l’échelle des villes moyennes l’accès aux principaux services publics. Cette nouvelle géographie ne développera tout son potentiel que dans un traitement synchrone des flux d’information et des flux de marchandise. C’est à ce prix qu’un modèle de société mieux distribué viendra corriger un modèle d’dorénavant trop concentré.

 

[1]« Travailler là où nous voulons vivre », Jean-Christophe Fromantin, Editions Françpos Bourin

[2]Territoires, bien-être et politique publique – Janvier 2020

Merci pour votre confiance dès le 1er tour

Avec une très belle victoire à 60,25% dès le premier tour de scrutin (face à 6 listes dont LR et LREM .. ) je veux remercier mes électeurs pour leur confiance et leur fidélité, féciliter mes colistiers pour leur engagement et associer à ce succès mon équipe de campagne pour sa formidable mobilisation à mes côtés.

Je continuerai à mettre monindépendance et ma détermination au service de Neuilly-sur-Seine et de ses habitants.

Je continuerai à promouvoir un avenir et un projet pour nos territoires et à défendre les valeurs auxquelles je suis profondémment attachées

Le coronavirus gagnerait-il la bataille du sang-froid ?

C’est la question que l’on peut se poser en observant la fébrilité qui gagne les esprits. C’est la question que je me pose quand on me demande si je vais annuler une réunion publique dans le cadre du scrutin municipal. Les vraies questions sont celle de la confiance vis-à-vis des autorités sanitaires, celle de la cohérence dans nos propres décisions, c’est enfin celle de la responsabilité et du discernement qui valent pour chacun d’entre nous.

Les autorités sanitaires, par la voie du Gouvernement, posent des règles de prudence et des interdits. Si nous leur faisons confiance, respectons-les, attentivement, scrupuleusement, méthodiquement ; veillons, par nos actes et nos décisions, à ce qu’elles soient appliquées dans l’intérêt de tous. La porte-parole du Gouvernement a rappelé il y a quelques heures que les « décisions politiques étaient basées sur les avis scientifiques et médicaux ».  Or, à ce stade, que disent ces règles et ces interdits : De respecter des gestes barrières, de rester confiner chez soi en cas de doutes et de ne pas tenir des rassemblements de plus de 1000 personnes. Dont acte. Si on fait confiance aux autorités sanitaires, et si on considère – ce qui est mon cas – que les annonces sont faites à l’heure où elles doivent l’être, les anticiper participe d’un effet viral irresponsable.

Dans notre pays où le principe de précaution gouverne, aller au-delà des consignes, risque de nous entrainer dans un monde où les oukases gagneraient sur les libertés, où la fébrilité l’emporterait sur le discernement, où les réseaux sociaux prendraient le pas sur les décisions éclairées.

L’autre question est celle de la cohérence. On interdit les réunions de plus de 1000 personnes mais on laisse fonctionner des métros bondés. Pourquoi ? Au nom de quoi j’annulerais comme « candidat » une réunion politique alors que je laisserais fonctionner comme « maire » le cinéma municipal ? Le théâtre était complet mardi soir pour assister à une représentation théâtrale, et personne ne m’a demandé d’annuler la représentation …

Je préfère la cohérence aux postures et la logique à la panique.

Enfin, n’oublions pas que nous sommes libres : Libres de nous déplacer ou de rester chez nous, libres d’aller à une réunion ou pas, libres d’aller et venir selon nos craintes ou nos envies. Libres de suivre ce que notre raison nous dicte.

Dans une interview sur France Inter, le psychiatre Serge Hefez alertait hier sur le risque de l’angoisse quand elle devient aussi virale que le virus, et de rappeler les conséquences : « Le langage de la raison doit primer. Parce que le risque c’est bien celui de la panique. Le risque c’est que les normes s’effondrent, que le lien social s’effondre et que la panique s’empare et que là, plus personne ne s’en protège. Donc il faut montrer là aussi la solidité de ce lien social. Rappeler que les médecins sont là, qu’ils soignent, que la police est là et qu’elle protège, que les politiques sont là et qu’ils prennent des décisions. Surtout, il ne faut pas arrêter de parler du coronavirus, toujours avec le langage de la raison ».

Faisons preuve de responsabilité, de discernement et de sang-froid ! Courage …

Neuilly, ville la mieux gérée de France

Trois indicateurs importants viennent de confirmer la qualité de gestion de la ville :

Le 4 mars dernier, après avoir noté les métropoles, la Fondation IFRAP, spécialiste des politiques publiques, a établi le classement des 300 villes les mieux gérées de France à partir de critères de maîtrise des dépenses, de modération fiscale et d’endettement.Neuilly est en tête de ce classement.

Le 5 mars, Paris-Match a distingué les villes « les moins endettées » de celles « les plus endettées ». Cette évaluation a été réalisée avec les données de l’Observatoire des Finances et de la Gestion publique locale.Neuilly est dans le top 5 des villes les moins endettées.

Dans sa dernière évaluation, l’agence Moody’s a dégradé la note de la France ; par voie de conséquence et compte-tenu des interdépendances entre l’Etat et les collectivités, elle a dégradé les notes des villes.Neuilly est la seule ville épargnée par ce déclassement.

« Je me réjouis de cette reconnaissance de la bonne gestion de la ville. C’est d’autant plus important que ce critère apparait comme une priorité dans toutes les études d’opinion à l’occasion des élections municipales. Neuilly est bien gérée, ce qui nous permet de modérer la fiscalité et d’investir fortement pour son développement et son attractivité » rappelle Jean-Christophe Fromantin

Le renouveau des villes moyennes : Mon interview dans Le Figaro

Les vrais pivots pour l’avenir du pays, ce sont les villes moyennes !

LE FIGARO. – Le gouvernement travaille à un projet de décentralisation. Est-ce la bonne réponse ?

Jean-Christophe FROMANTIN. – Le concept même de décentralisation est obsolète. Dans un monde en réseau, la géographie des territoires doit être réinventée. Une récente étude du Cevipof, rappelait que 84% des Français veulent vivre dans les villes moyennes ou les villages. Le politique doit répondre à cette attente et remettre le réseau des villes moyennes au cœur du projet de société. Elles vont devenir les nouvelles centralités ! Les villes moyennes recèlent un potentiel inversement proportionnel à l’ambition que l’on a pour elles. Il faut désenclaver les métropoles, stopper l’hyper-densification et permettre à chacun de vivre là où il le souhaite. On a tout concentré dans quelques grandes métropoles, provoquant un développement asymétrique de la France, avec pour conséquences, un appauvrissement culturel, une crise du logement et une fracture territoriale sans précédents. On a créé des « périphéries », dans des zones mal desservies. On connait la suite avec la crise des gilets jaunes. Le géographe américain Richard Florida avait annoncé la crise des grandes villes. Paris n’y échappe pas.

 

Que proposez-vous ?

Nous allons passer d’un monde concentré vers un monde distribué. Depuis vingt ans, les politiques d’aménagement du territoire se sont faites sans anticipation, faute d’une vision politique et stratégique du développement géographique de la France. Or cette vision est une condition indispensable pour permettre un développement équilibré et à chacun d’investir sereinement : de l’habitant qui veut acheter un pavillon au maire qui veut développer sa commune. L’instabilité territoriale a découragé les projets d’achat ou d’investissements. Aujourd’hui, trop d’habitants se demandent : « le territoire où je vis a-t-il encore un avenir ? » C’est la raison pour laquelle, je propose de stabiliser le maillage des villes moyennes, de sanctuariser les réseaux de services publics et de développer les transports pour que chaque Français soit à moins de 20’ d’une ville moyenne, que chaque ville moyenne soit à moins d’1h30 d’une métropole et que chaque métropole soit connectée au monde.  À partir du moment où l’on aura posé un modèle durable, un signal de confiance et de réinvestissement très fort sera envoyé.

 

Comment peut-on répondre au désir des Français de vivre dans les villes moyennes quand une partie des emplois est concentrée dans les métropoles ?

 

Il faut comprendre que la valeur ajoutée pérenne est d’abord dans nos territoires. C’est l’innovation qui rend possible cette nouvelle fertilisation de nos atouts, là où nous voulons vivre. C’est la seule issue pour sortir des impasses économiques, sociales, environnementales, culturelles, dans lesquelles la métropolisation du monde risque de nous projeter. Elles permettent désormais à chaque ville et à chaque village d’être au centre du monde.

 

La loi SRU, neutralisée par l’absence de vison de l’Etat

A l’heure d’un 1er bilan à l’occasion des 20 ans de la loi SRU, on peut s’interroger sur son obsolescence au regard des attentes des populations et de ses résultats.

En premier lieu il faut rappeler que la loi SRU visait autant l’amélioration du logement que celle des mobilités, dans une perspective de développement durable. Or, force est de constater que l’absence de politique d’aménagement du territoire et la faiblesse des investissements de l’Etat en matière d’infrastructures de transport ont eu pour conséquences un développement asymétrique du pays et un déséquilibre structurel de l’offre de logements. Avec deux impacts : une situation de tension insoutenable dans les zones denses ; une situation de délaissement dans le reste de la France.

Une note récente du Conseil d’Analyse Economique *  sur le phénomène des gilets jaunes pointe cette situation et souligne l’impasse qu’a provoqué la surestimation des effets des politiques de métropolisation.

« Les bonnes intentions de la loi SRU ont été d’abord neutralisées par l’absence d’aménagement du territoire, créant une surtension dans les zones denses, une inflation des coûts de construction et une hausse du marché de l’immobilier – souligne Jean-Christophe Fromantin – la problématique du logement procède d’abord d’une vision équilibrée des territoires et des moyens de transport nécessaires, en particulier autour des villes moyennes »

Car aujourd’hui, si l’on se réfère aux nombreuses études dans ce domaine, les Français aspirent très majoritairement à vivre dans des villes moyennes ou à proximité. Ces villes bénéficient d’un véritable potentiel de logement, à des prix supportables, mais sont en carence d’équipements publics et privés, de moyens de transport et de télécommunications. C’est aux politiques publiques de combler ces manques.

« C’est là encore une des préconisations du CAE, qui, dans sa note récente « Territoires, bien-être et politiques publiques », appelle à ce que l’activité aille vers le logement plutôt que le logement vers l’activité (…) C’est toute la logique du logement qu’il faut repenser à l’aune des aspirations des Français et des atouts de nos territoires » selon Jean-Christophe Fromantin

Un autre facteur d’obsolescence de la loi SRU réside dans la dissociation de son périmètre d’application avec celui des politiques d’urbanisme. Les plans locaux d’urbanisme (PLU) ainsi que les programmes locaux de l’habitat (PLH) sont dorénavant des compétences intercommunales. Il serait par conséquent logique que les politiques de logement social soient positionnées à cette même échelle celle des outils permettant d’atteindre les objectifs fixés.

« Il est inconcevable de séparer les objectifs à atteindre des outils dont on dispose pour y arriver. Je plaide pour une reconfiguration des objectifs de la loi SRU à l’échelle intercommunale » rappelle le Maire de Neuilly.

Jean-Christophe Fromantin est membre du conseil d’orientation de IDHEAL (Institut Des Hautes Etudes pour l’Action dans le Logement)

* CAE- janvier 2020 : Territoires, bien-être et politiques publiques

Bonne année 2020

Dans la période de doutes que nous traversons, et face aux enjeux – dont certains se révèlent de plus en plus critiques -, la nécessité, voire l’urgence, d’un nouveau modèle de société devient crucial. De plus en plus de Français aspirent à un mode de vie plus apaisé, notre économie a besoin de se ressourcer, notre environnement et notre patrimoine reviennent au coeur des préoccupations partagées, l’innovation ouvre de nouvelles perspectives. Notre nouveau modèle de société devra s’inscrire dans ces aspirations profondes et préfiguratrices des nouveaux équilibres à développer. C’est dans ce sens que je mobiliserai mon énergie à Neuilly et mon engagement politique. Ce sont ces objectifs que j’ai envie de partager avec vous en 2020. Très bonne année à tous.

Jean-Christophe Fromantin

Retraites .. Stabilisons le projet

Il est temps aujourd’hui que le Gouvernement stabilise une perspective de réforme des retraites. Hier soir sur l’antenne de LCI j’ai regretté les multiples tergiversations de l’exécutif et appelé à ce que le projet soit mis en place selon 5 principes issus pour la plupart du rapport Delevoye : 1) la mise en place du système universel par point, 2) l’arrêt de la valeur du point sur la base d’un barème pré-défini qui assure aux Français la stabilité de leur pouvoir d’achat et leur permet facilement d’anticiper leur niveau de retraite, 3) la définition d’un système de bonus d’indexation du point qui permettra de prendre en compte les situations particulières comme la pénibilité, dans le public et le privé (ce barème faisant l’objet d’une négociation par secteur et par branche), 4) le principe d’un âge pivot flexible pour laisser à chacun la liberté de choisir, 5) la définition de cette fourchette d’âge pivot de telle manière à assurer l’équilibre du régime

 

Je lance ma campagne à Neuilly …

Le 23 novembre, j’ai lancé ma campagne pour les élections municipales de 2020 devant une salle comble. J’ai rappelé les nouveaux enjeux que nous devons relever, les difficultés liés à la complexité de la gouvernance territoriale en Ile de France, les aléas fiscaux et financiers auxquels nous sommes soumis (disparition de la DGF, réforme de la TH etc.). Avec l’équipe qui se constitue nous préparons une campagne de proximité au cours de laquelle les échanges, les propositions et les innovations seront nombreuses …

contact : fromantin2020@gmail.com

Ma tribune dans le #HuffPost : Une société de confiance ne se décrète pas …

Un an après la crise des gilets jaunes, deux questions restent dans les esprits : La crise est-elle passée ? Les problèmes qui en ont été à l’origine sont-ils résolus ou en voie de résolution ? Car la baisse d’intensité du mouvement peut s’expliquer autant par la satisfaction des manifestants que par un sentiment de résignation.

La meilleure façon de répondre à ces questions est de revenir à l’origine de la crise, et plus particulièrement à trois sentiments exprimés par les Français, en particulier lors de la première partie du mouvement des gilets jaunes : le délaissement, le déclassement et la défiance. La montée de ces sentiments – jusqu’à mettre des centaines de milliers de Français dans la rue – pointe l’obsolescence d’un modèle dont il n’est pas certain qu’elle ait été bien comprise de la part des responsables politiques. Certes, des mesures ont été prises, d’annulation de la hausse de la TICPE, de création d’une prime d’activité, de défiscalisation des heures supplémentaires ou d’annulation de la désindexation des pensions pour les retraités. Mais ces dépenses sont-elles la réponse ? Ont-elles permis de renverser les sentiments de délaissement, de déclassement ou de défiance qui traversent la société ? Sont-elles celles par lesquelles une véritable perspective d’avenir peut s’entendre pour tous les Français, quelque-soit l’endroit où ils vivent ? Manifestement non ; et force est de constater que malgré les efforts financiers du Gouvernement, jusqu’à renoncer à la trajectoire d’équilibre des comptes publics, la confiance n’a pas progressé d’un iota.

Car la réponse n’est pas seulement budgétaire. Une société de confiance ne se décrète pas ; elle ne s’achète pas ; elle ne se réduit pas à des hausses de pouvoir d’achat ; elle ne s’improvise pas non plus. Dans un monde doublement secouée par la crise écologique autant que par les technologies du futur, une société de confiance, celle par laquelle chacun peut imaginer un avenir meilleur pour lui et sa famille, mérite une promesse à la hauteur des enjeux. Et les Français ne s’y trompent pas ; en retenant leur consommation, en accroissant leur épargne et en s’endettant pour investir, ils fixent le cap ; ils font le choix du long terme davantage que le Gouvernement. Ils attendent des investissements plutôt que des dépenses.

La France ne sortira de la crise qui la touche en profondeur qu’en étant capable de répondre à un principe simple : celui de permette à chacun de vivre et de travailler là où il souhaite vivre. Dans une enquête récente du CEVIPOF et de l’AMF[1], à la question essentielle : « dans l’idéal, si vous aviez le choix, où aimeriez-vous vivre ? », les Français choisissent pour 45% un village, pour 41% une ville moyenne et pour 13% une métropole. Or, en abandonnant les territoires, en surestimant le modèle métropolitain et en vantant la « startup nation », le Gouvernement envoie un signal inverse de celui auquel aspirent les Français. Aucune mise en perspective d’une véritable ambition territoriale ne se profile : ni dans la loi mobilité qui ne trace pas l’architecture d’un nouveau maillage entre les villes moyennes et les métropoles, ni entre les zones rurales et les villes moyennes ; pas d’avantage dans le déploiement de la 5G qui se concentre vers les grandes villes, ni dans le financement des équipements publics que les Français aspirent à conserver près de chez eux ; pas non plus dans une approche économique qui consacre le primat métropolitain au détriment d’un véritable projet économique national. Aussi, le sentiment de délaissement a toutes les raisons de s’accroître et d’entrainer dans la spirale celui du déclassement. Les Français sont de plus en plus nombreux à considérer qu’ils appartiennent aux catégories les plus modestes[2]. Les mêmes, touchés par le délaissement, souffrent d’une dévalorisation de leur patrimoine due au caractère de plus en plus asymétrique du développement de la France. Entre des métropoles saturés et des villes ou des villages dévalués, faute d’un projet d’aménagement du territoire équilibré, la France fonctionne dorénavant comme un système spéculatif : l’investissement se cristallise sur quelques spots métropolitains à haut potentiel de gain. Par conséquence, le déclassement s’observe autant dans les métropoles où l’espace est de plus en plus contraint, la vie de plus en plus chère et l’emploi de plus en plus difficile, que dans les territoires où les équipements, les hôpitaux ou les écoles sont de plus en plus rares.

Ce que la crise des gilets jaunes a révélé, au delà des budgets et des dépenses, c’est une ambition et un programme. Car si demain le président sanctuarise nos 300 villes moyennes, celles des ronds-points, pour en faire des espaces de vie, apaisés, abordables, équipés en services publics, espaces d’intersections entre les zones rurales et les métropoles, alors j’en suis convaincu, les Français s’y installeront, les entreprises y resteront, les collectivités y investiront et le mouvement d’équilibre dont la France a besoin se fera par la confiance retrouvée.

 

 

 

[1]Enquête Cevipof-Sciences-Po- AMF avec IPSOS auprès de 15308 personnes – juin 2019

[2]Enquête IFOP octobre 2019 – entre 2009 et 2019, la part de ceux qui déclarent « appartenir à la classe moyenne » est passée de 70% à 58%, et la part ceux se déclarant « modestes » a augmenté de 15% atteignant la barre des 38%.

Analyse de mon dernier livre dans la revue Pouvoirs locaux

Pouvoirs Locaux – novembre 2019 – par Arnaud Gabardos –

Jean Christophe Fromantin est, depuis 2008, maire de Neuilly-sur-Seine. Il a été Conseiller général des Hauts-de-Seine en 2011 avant d’être élu député en 2012. Très investi sur les questions liées aux territoires, il défend notamment la nécessité de repenser le modèle territorial français pour mieux aborder les enjeux de la mondialisation et enclencher une série de réformes structurelles dont la France a besoin. Il appelle également une refonte de l’organisation de l’État pour une meilleure efficience de la politique et des dépenses publiques. Chef d’entreprise, Jean-Christophe Fromantin est un entrepreneur, engagé sur les questions économiques et de mondialisation. Fort de ces expériences d’élu et de chef d’entreprise il a publié plusieurs essais liés à l’aménagement du territoire : Mon village dans un monde global : la place de la France dans la mondialisation (Bourin Éditeur, 2011), Le Temps des territoires (Bourin Éditeur, 2012), ou encore La France réconciliée (Éditions de l’Archipel, 2014). Le soir du premier tour des régionales, le 6 décembre 2015, il annonce son départ de l’UDI. Déçu du système politique et des partis, il affirme la nécessité de renouveler la classe politique par la société civile au sein des territoires et monte une plateforme internet « 577.fr » visant à réunir 577 candidats pour les élections législatives de 2017. Il publie ainsi, en mai 2017, un ouvrage expliquant la démarche : « 2017, Et si c’était vous ? » aux Éditions Michel Lafon.

Le progrès : la métropolisation ? Jean-Christophe Fromantin dresse d’abord le portrait de notre société : tout en paradoxes, nos comportements ne seraient pas en adéquation avec nos aspirations. Il constate que progressivement notre vie se construit « hors sol », l’innovation nous éloigne de la nature et des uns les autres. Si tous ces paradoxes prospèrent, une série d’impasses dont deux majeures menaceraient : Une impasse politique. Il faut un projet et une vision politique qui permettent de réinterroger l’idée de progrès et de positionner l’innovation là où elle doit être « un moyen d’action au service du bien commun ». Une impasse géographique ou sociogéographique. Pour l’auteur, notre avenir se dessine autour d’une métropolisation du monde qui conduira inévitablement à l’abandon de nombreux territoires. Les territoires soulèvent de nombreux défis qui tiennent à leurs aspérités naturelles et qui ont été à l’origine de nombreuses innovations. « En désertant les territoires dont la géographie soulève un certain nombre de difficultés, on renonce non seulement à nos atouts mais aussi a trouvé les solutions les plus modernes qui permettraient de lever ces contraintes ».

Ce phénomène de métropolisation contribue à la propagation d’une société standardisée et déterritorialisée. Dans cet essai, le maire de Neuilly-sur-Seine met en avant la notion de bonheur, notion rare dans un essai politique, et d’autant plus sous la plume d’un élu de la République. Aristote nous dit pourtant que « le bonheur consiste dans un état de satisfaction totale, qui est la fin naturelle et ultime de l’homme, ce grâce à quoi il se réalise, s’épanouit » (Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 5). Pour Aristote, la finalité propre du politique, c’est le Bonheur (Aristote, le Politique, I, 2). À travers cet essai, l’auteur veut tendre vers cet idéal aristotélicien : le politique doit établir un projet pour rendre le Bonheur aux citoyens. Albert Camus quant à lui, nous rappelle à quel point la nature est essentielle pour notre bonheur. Pour Jean- Christophe Fromantin « le bonheur est intimement lié à la qualité de la relation que nous développons avec la nature et c’est pourquoi le progrès ne peut s’opposer à elle ». Il identifie trois facteurs qui conditionnent le bonheur parmi lesquels pouvoir vivre là où l’on désire vivre, pouvoir vivre d’un travail qui nous donne un sentiment d’utilité, qui représente notre contribution à la société et enfin notre contribution à un projet collectif, représentée par nos relations sociales, par la société dans laquelle nous évoluons. À suivre son exposé, ces trois facteurs propices au bonheur sont aujourd’hui fortement dégradés en raison de l’évolution de notre société vers la métropolisation notamment. Son analyse rejoint en cela de nombreux chercheurs tel que le géographe Guillaume Faburel, auteur de l’ouvrage Les métropoles barbares. Démondialiser la ville, désurbaniser la terre mai 2018, Librairie Eyrolles, qui constate que le modèle de la métropole ne fonctionne pas. D’après lui, il faut changer de références et de lunettes et réfléchir aux alternatives déjà parfois présentes dans les périphéries pour, à l’inverse, les faire ruisseler vers le centre. La métropolisation est le fruit de l’ère industrielle. Les métropoles sont devenues une configuration idéale pour suivre, maîtriser et encadrer nos modes de vies. En effet, au cours de l’histoire, l’humanité a recherché le meilleur compromis entre une qualité de vie et le besoin de travailler. Mais le travail a toujours primé dans ce choix. L’homme vit là où le travail l’entraîne. C’est encore vrai aujourd’hui. Les experts estiment que d’ici 2030 près de 70 % de la population vivra dans des villes. Certains considèrent ce « tout métropole » comme inéluctable. Toutefois, pour l’auteur, si les métropoles continuent à aspirer les territoires, alors l’humanité finira par se trouver dans une impasse.

Jean-Christophe Fromantin fait le constat que cette métropolisation conduit à une ségrégation et une désertification des territoires. Les métropoles conduiraient à l’isolement et à l’individualisation, une affirmation à relier à l’encyclique Laudato sidu Pape François qui évoque le relativisme pratique en ces termes : « quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner priorité absolue à ses intérêts de circonstances ». Il en ressort la conviction que notre société a glissé progressivement – notamment en raison de l’absence d’une vision politique – vers une métropolisation qui oublie les territoires, les exclut et finit par isoler les individus eux-mêmes dans un monde standardisé, contrôlé et maîtrisé par les géants d’internet. La crise des gilets jaunes tend à conforter cette analyse. Nombre d’individus qui ont pris part à ce mouvement se sentaient isolés, exclus, abandonnés par la puissance publique, soit parce qu’ils vivent dans les périphéries des grandes villes — la métropole isole en son sein même -, soit parce qu’ils se trouvent dans des territoires ruraux dont les ressources ont aussi été absorbées par les métropoles. On retrouve là la « France périphérique » que dénonce le géographe Christophe Guilly (La France périphérique, Éditions Champs, septembre 2015). Toutefois, l’auteur défend l’idée que l’innovation peut conduire au bonheur dès lors qu’elle est mise au service du bien commun. Il suffit de trouver l’équilibre. Territoires et innovation : la recette du Bonheur? Jean-Christophe Fromantin identifie trois facteurs nécessaires à la création d’un nouvel équilibre territorial. Tout d’abord, le facteur sociologique lié à l’aspiration de chacun de choisir son mode de vie. Le second facteur tiendrait à ce que les technologies peuvent permettre d’emmener le travail et la consommation là où nous vivons. Enfin, le troisième facteur dépend d’une diversité culturelle et territoriale. Pour l’auteur, il est possible de parvenir à un compromis entre le bien-être, l’activité économique, la qualité de soin et l’environnement. Cela passe par le progrès et l’innovation : « une bonne liaison numérique permet de pallier une grande partie l’écart entre les services accessibles en Ile-de-France et dans le Limousin ». Le développement de la télémédecine par exemple permet d’améliorer l’offre de soin qui est un facteur essentiel de bien-être. Des nouveaux dispositifs auront sûrement raison des déserts médicaux dans les années à venir. La pharmacie de la ville ou du quartier assurera un certain nombre d’actes médicaux basiques.

 

L’innovation est censée permettre à chacun de vivre là où il le désire tout en ayant la qualité des services existants dans les espaces métropolitains : « cette recherche de bien-être doit inspirer le projet de notre société ». Par exemple, l’innovation permet de dissocier entreprise et lieu de résidence grâce à la qualité des connexions mise en place depuis les espaces de coworking. Ainsi, affirme l’auteur, pourra-t-on dans le futur choisir là où l’on veut vivre sans tenir compte du critère « travail ». Toutefois, si ces solutions semblent de bonnes idées, leur mise en œuvre pourrait s’avérer plus compliquée. Certains territoires restent difficiles d’accès et les entreprises qui recherchent avant tout le profit, peuvent décider de ne pas investir dans des territoires jugés peu rentables. « Le numérique permet d’établir à distance une grande partie des déplacements qui étaient jusqu’à ce jour indispensables ». Les technologies bouleversent effectivement les notions d’espaces et de temps. Ces innovations vont, selon l’auteur, permettre de nous « libérer de la densification urbaine que de nombreux usages nous imposaient jusqu’à présent ». Toutefois, l’innovation crée aussi des inégalités, et il est probable que certaines personnes se retrouvent à devoir vivre là où elles trouveront du travail, du fait de certaines difficultés sociales ou économiques, si on ne répond pas à ces inégalités.

L’auteur met en exergue le fait de redistribuer l’économie. Les technologies permettront de valoriser les atouts de chaque territoire de notre planète. Une économie moderne n’existera que par les efforts conjugués de différenciation et de spécialisation au cœur de tous les territoires. Le tourisme est une opportunité pour accélérer cette perspective de reterritorialisation de notre économie entraînant une spécialisation des territoires sur ce qu’ils font de mieux. Pour Jean-Christophe Fromantin, le potentiel de travail qui existe dans les territoires mérite d’être davantage exploré afin d’en extraire toutes les richesses. « En imaginant une nouvelle géographie du progrès qui passe par un redéploiement des populations là où chacun souhaite vivre, plutôt que par le seul prisme de la concentration urbaine, là où il est question de notre épanouissement au contact des autres ». L’auteur soulève ici le problème de l’isolement engendré par l’innovation et l’utilisation des nouvelles technologies. Les relations de proximité, d’amitié et de solidarité sont toutes aussi importantes. C’est dans la diversité que les relations sociales se créent. Grâce à l’innovation, le village, la ville, pourraient devenir l’espace d’un projet partagé par ceux qui aspirent à une même qualité de vie. C’est de cette manière que, pour l’auteur, l’hospitalité se réinventera.

Permettre a chacun de vivre là où il le souhaite Pour permettre aux Français de se reconnecter avec la nature, de pouvoir choisir de vivre ou ils désirent en fonction de leurs priorités, de retrouver le bonheur, Jean- Christophe Fromatin propose ici quatre grandes orientations politiques. Il propose d’abord de reconnaître et de protéger le patrimoine et la culture de nos territoires, qui sont pour lui les racines de notre Nation dans lesquelles chacun peut puiser sa stabilité. Ensuite, il théorise une réorganisation des territoires et une réforme institutionnelle d’envergure, basées sur deux couples : région-métropole et ville moyenne intercommunalité. L’aménagement du territoire s’opérant autour de ces deux pôles qui sont interconnectés, chaque échelon ayant un rôle défini. Cette proposition ambitieuse, permettrait d’avoir un niveau « local », au plus près des citoyens répondant à leurs attentes du quotidien et un niveau « régional » permettant de faire la connexion avec un monde de plus en plus globalisé. L’auteur avançant l’idée que chaque partie du territoire devrait se trouver à un quart d’heure maximum d’une ville moyenne et à 1 h 30 maximum d’une métropole. Jean-Christophe Fromantin propose également de mettre en place un grand plan de financement qui soit « vaste et ambitieux pour remettre la France à niveau ». Ainsi ces investissements se feraient par une mobilisation convergente des Français, des entreprises des collectivités territoriales et de l’État autour de ce grand projet. Cette proposition aurait le mérite de fédérer les Français autour d’un projet commun, qui fait actuellement défaut. Enfin, l’auteur propose de territorialiser le retour à l’emploi, et de régionaliser le SMIC ce qui permettrait de tenir compte du niveau de vie de chaque territoire. L’idée étant de rapprocher la solidarité et le social des citoyens. La solidarité pour être concrète et tangible doit être réalisée au niveau local. Jean-Christophe Fromantin dresse, dans cet essai, un portrait de notre société, qui tend de plus en plus vers la métropolisation, induisant une individualisation des comportements. Pour lui, cette métropolisation ne peut que nous conduire dans une impasse, en coupant les citoyens de leurs aspirations profondes, en les coupant de la nature. Il propose de repenser l’organisation territoriale de la France pour lui permettre de mieux répondre à la mondialisation, de reconnecter les Français à leurs aspirations, mais aussi à leurs territoires et a fortiori à leurs concitoyens. Cet essai politique permet d’imaginer une France plus belle, plus forte, plus responsable et plus solidaire. L’influence chrétienne est prégnante dans cet ouvrage et l’auteur – chose rare sous une signature politique – met en avant la notion de bonheur. Il formule quatre propositions qui pourraient être à la base d’un programme politique pour la présidentielle, afin de permettre aux Français d’être heureux, en travaillant là où ils veulent vivre.

L’innovation est censée permettre à chacun de vivre là où il le désire tout en ayant la qualité des services existants dans les espaces métropolitains : « cette recherche de bien-être doit inspirer le projet de notre société ». L’auteur propose de territorialiser le retour à l’emploi, et de régionaliser le SMIC ce qui permettrait de tenir compte du niveau de vie de chaque territoire. L’idée étant de rapprocher la solidarité et le social des citoyens. La solidarité pour être concrète et tangible doit être réalisée au niveau local.

 

Logements HLM : le maire de Neuilly-sur-Seine propose de rendre la loi SRU applicable

COMMUNIQUE DE PRESSE

Compte-tenu de nombreuses informations qui circulent sur la décision favorable de la Courd’appel de Versailles à la ville de Neuilly-sur-Seine à propos de ses objectifs de logements sociaux, Jean-Christophe Fromantin tient à préciser quelques points.

« Notre approche vise à contester des objectifs dont la réalisation est structurellementet économiquement inatteignable (…) Cette absence de discernement de l’Etat est lourd de conséquences en termes de pénalités, cela représente plus de 6 millions d’EUR/an »déclare le maire de Neuilly-sur-Seine.

La Cour d’appel de Versailles, dans son arrêt du 20 juin dernier a confirmé cette approche, évoquant « l’erreur manifeste d’appréciation » de la part de l’Etat.

La position de la ville est constante

Depuis la Commission nationale du logement, saisie par le maire actuel, qui avait retenu en 2009 une baisse des objectifs triennaux pour Neuilly-sur-Seine, la ville interpelle l’Etat sur le maintien d’objectifs irréalistes compte-tenu du contexte : absence de foncier, faibles mutations immobilières et contraintes économiques.

« Quand bien même les opportunités existeraient, il faudrait débourser plus de 2 milliardsd’EUR dans les 5 ans qui viennent pour boucler l’objectif (…) ni la commune, ni l’Etat, niles bailleurs sociaux, ne seraient en mesure de mobiliser de tels montants, rappelle le maire qui précise également que ce n’est pas tant le principe de la loi qu’il conteste mais ses modalités d’application et l’absence de prise en compte des efforts réalisés ».

La ville précise à ce sujet que depuis 10 ans, les 2/3 des permis de construire octroyés le sont pour des logements sociaux et qu’elle a toujours adopté les mesures d’incitationproposés (prime de surdensité, taxation des résidences secondaires, droit de préemption renforcé etc.)

Le Maire de Neuilly a fait plusieurs propositions concrètes :

  • –  Au niveau de la commune, il incite l’Etat, propriétaire via la Caisse des Dépôts et Consignation de près de 1000 logements, à aller au-delà des 1,4% de logements sociaux sur le parc qu’il détient à Neuilly
  • –  S’agissant de la loi SRU, il demande que le périmètre de ses objectifs soit celui des intercommunalités qui ont déjà récupéré les compétences d’urbanisme et d’habitat.
  • –  Enfin, au plan national, il invite l’Etat à se doter d’une politique plus « visionnaire »en matière d’aménagement du territoire et à remettre en cause le modèle « tout métropolitain » qui va tendre la situation et ne répond plus aux aspirations des populations.

    Contact presse : François-Xavier DOAT 06.31.23.53.64

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francois-xavier.doat@evidenceparis.fr

Loi d’orientation des mobilités (LOM) : l’Exécutif passe à côté d’un virage stratégique

COMMUNIQUE DE PRESSE

Alors que notre organisation spatiale montre chaque jour son obsolescence économique, sociale et environnementale ; alors que se creusent les inégalités territoriales et que l’accès aux services publics est de plus en plus difficile ; la future loi sur les mobilités (LOM), actuellement en discussion à l’Assemblée, devrait être une occasion de poser les bases d’une nouvelle stratégie d’aménagement du territoire qui préfigure les attentes profondes et urgentes de la société.

Mais selon Jean-Christophe Fromantin, Maire de Neuilly-sur-Seine, l’Etat passe à côté d’un virage stratégique majeur, à quatre niveaux :

  1. Cette loi ne répond pas à la question sensible de la distribution territoriale.
    Le développement de la France passera par une prospérité plus harmonieuse qui articulera les villes moyennes, les métropoles, les zones rurales et intègrera les connexions avec le reste du monde. Les mobilités ferroviaires et routières, mais aussi les mobilités douces, devraient être conçus en étoile autour des deux pivots que constituent les métropoles et les villes moyennes. Or, l’absence de schéma directeur en mesure de constituer une toile de fonds limite très fortement l’intérêt de ce texte.
  2. L’approche économique est pour le moins aléatoire, en ce sens qu’elle renvoie année après année aux lois de finance mais aussi par la faiblesse et la fragilité des financements envisagés. Une nouvelle ambition territoriale mériterait que les mobilités et les infrastructures nécessaires fassent l’objet d’un programme précis, d’un financement pluriannuel et d’une série de grands emprunts publics, souscrits en partie auprès des Français, dont les niveaux d’épargne et l’attachement au développement de leur territoire constitueraient un puissant levier d’investissement autant qu’un gage de confiance.
  3. L’absence d’engagement et de prise en compte des technologies est surprenant. L’avenir des mobilités n’est pas concevable sans intégrer pleinement l’innovation technologique : pour sa contribution directe au fonctionnement des mobilités, comme la 5G pour les transports autonomes en zone à faible densité ; pour les perspectives d’entrepreneuriat et le potentiel du travail à distance qu’offrent les tiers-lieux (coworking, FabLab etc.) ; ou pour un meilleur accès aux services publics et de soins via le maillage en fibre optique et en 5G.
  4. En matière de développement économique et de logistique, ce texte ne considère pas les attentes de nouvelles mobilités professionnelles. La massification des flux, le commerce en ligne, la fragmentation des chaines de valeurs sont autant d’évolutions qui appellent une vision globale. La prospérité de nos territoires passe par leur intégration dans l’hinterland des grands ports maritimes ; des plateformes logistiquesdoivent être positionnées de façon stratégique au plus près des zones de consommation; des équipements aéroportuaires doivent être connectés aux zones de production à valeur ajoutée etc. Ces dimensions sont absentes du texte, or il n’est pas imaginable de dissocier la prospérité économique des lieux de vie.

« Ce texte, en ce qu’il vise à établir des connexions, est délié d’une vision moderne et durable de l’aménagement du territoire […] Nous avons besoin – où que nous vivions, en ville ou à la campagne – qu’il dessine une ambition nouvelle faisant des métropoles et des villes moyennes les deux pivots d’un projet de prospérité pour tous […] Positionner chaque Français à moins d’1/4 d’heure d’une ville moyenne offrant les services de proximité qu’ils attendent, et chaque ville moyenne à moins d’1h30 d’une métropole connectée au monde, pourrait être le principe d’un développement équitable, équilibré et ambitieux pour tous les territoires » déclare Jean-Christophe Fromantin

Jean-Christophe Fromantin est maire de Neuilly-sur-Seine, Conseiller métropolitain, il a publié plusieurs ouvrages sur l’aménagement du territoire dont le dernier « Travailler là où nous voulons vivre » Ed. François Bourin.

Il y a faillite stratégique de l’Etat en matière de déploiement de la 4G et de la 5G

Ma tribune dans Le Huffington Post …

En 1960, le Gouvernement élaborait le premier plan routier pour la France ; en 1963, il se dotait d’un véritable outil programmatique d’aménagement du territoire ; à chaque fois il témoignait d’une vision stratégique de la France, d’une recherche d’équilibre et d’une exigence de développement pour l’ensemble de nos territoires. Pour autant, alors que s’amorçaient les premières concessions pour construire les autoroutes, il n’était pas imaginable de donner aux entreprises la liberté de réaliser la carte des liaisons autoroutières selon leurs propres critères. Cette idée – de laisser ou non les concessionnaires décider de l’aménagement du territoire –, si elle parait absurde, correspond néanmoins à ce que l’on vit depuis quelques années avec le déploiement des moyens de télécommunications.

A l’heure où l’avenir de nos territoires dépend de la qualité de leurs connexions, la carte du déploiement numérique est laissée à l’appréciation des opérateurs de télécommunication. Même si le Gouvernement s’en défend, s’il dit ne plus vouloir faire de la 5G un objectif budgétaire, il n’en demeure pas moins, qu’au-delà de quelques principes et des ratios que l’Arcep soumet aux opérateurs, aucune programmation territoriale n’est proposée. Rien n’est élaboré sur la base d’une perspective stratégique d’aménagement du territoire français. S’il est demandé aux opérateurs d’équiper au moins deux villes, de diversifier les sites, de s’intéresser aux axes de communication ou de mettre des fréquences à la disposition des industriels, aucune vision d’avenir, ni aucun maillage structurant n’est pour autant arrêté pour guider leurs investissements et donner un objectif politique à cette technologie.

Ce renoncement est particulièrement grave car il prive la France d’un levier indispensable à son développement. Quatre axes stratégiques, à échéances précises, devraient être soumis aux opérateurs : l’engagement ferme et préalable d’une mise à niveau de l’ensemble du territoire en 4G (la promesse du « new deal mobile » de 2018 ne semble déjà plus être respectée) ; l’équipement en 5G des chefs-lieux de département et de l’ensemble des 232 unités sous-préfectorales afin de doter nos villes-moyennes d’une qualité de débit, propre à assurer le développement de services publics innovants et d’usages professionnels de nouvelles générations (télémédecine, enseignement à distance, hyper-industrie, réseaux logistiques etc.) ; l’équipement des huit métropoles-pivots pour libérer le réseau 4G et permettre progressivement avec la 5G le déploiement de nouvelles fonctionnalités à forte valeur ajoutée ; la couverture des axes de déplacements prioritaires – entre les villes moyennes et les principales métropoles, au sein même des métropoles, et entre les métropoles – afin de préfigurer les réseaux des futures mobilités autonomes et durables.

Une vision et une définition claire et précise d’une stratégie territoriale française, carte à l’appui, sont aujourd’hui indispensables pour donner un véritable sens aux investissements numériques. Car la désertification accélérée des territoires et la saturation métropolitaine mettent les Français face à des choix cornéliens et menace nos équilibres économiques et sociaux. Le déploiement des fréquences, s’il ne participe pas d’une vision politique et stratégique de la France, risque d’amplifier les fractures territoriales plutôt que de les résoudre.

L’enjeu des 350 Mhz qui seront attribués dans les prochains mois doivent l’être, avant tout, à l’aune d’une ambition politique.